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26/06/2008

Qui veut combattre la corruption?

408f4321512f977272d77856b1e652a8.gifL’opération « mains propres » lancée par le Président Laurent Gbagbo, il y a plusieurs mois, commence à porter ses fruits dans une ambiance que l’on peut sans coup férir qualifier de bizarre. Alors que de larges franges du corps social n’ont cessé de dénoncer la corruption et le racket, l’aboutissement des enquêtes lancées dans la filière café cacao semble ne soulever que peu d’enthousiasme. Quand on pense aux traitements réservés aux voleurs de poules dans les quartiers on se demande- alors qu’avec les sommes d’argent ici en jeu, on pourrait acheter de nombreux poulaillers à travers le monde -pourquoi tant de mansuétude ? Le site Internet de Fraternité Matin nous apprend – à sa page d’accueil pour mieux nous interroger- que 63% des 8236 personnes participant à un sondage sur l’opération « mains propres » se disent contre l’arrestation des responsables de la filière café cacao. Certes on peut regretter que le dans dit sondage on ne puisse répondre que par oui ou par non. Mais, le résultat est assez évocateur vu le nombre de personnes ayant répondu.
Il y a deux ans le Sénégal avait connu un scandale sans précédent dans le milieu judiciaire. Un magistrat de très haut rang avait été pris en flagrant délit de corruption passive. L’enquête avait rapidement mis à nu un réseau de corruption qui impliquait entremetteurs, justiciables, auxiliaires de justice, magistrats d’instances et magistrats de plus hauts rangs. Ce scandale a été enterré dans la plus grande indifférence de la presse et il s’est trouvé des hommes politiques de premier plan pour avoir micros et colonnes ouverts afin d’expliquer que ce n’était pas plus mal. En 2000, lorsqu’il sollicitait nos suffrages le Président Abdoulaye Wade nous disait que le régime UPS-PS (acronyme, emprunté à la gauche radicale sénégalaise, qui désigne le régime néocolonial incarné par Senghor et Abdou Diouf) était corrompu et qu’au pouvoir il sanctionnerait et traduirait devant les juridictions compétentes tous ceux qui seraient confondus par les audits qu’il commanditerait à son arrivée au pouvoir. Huit ans après sa prise du pouvoir et après plusieurs audits le cabinet du Président Wade, son gouvernement et le comité directeur de son parti le PDS est le refuge des délinquants notoires de la République.
Il y a chez nous une sorte de tolérance avec la délinquance en col blanc qui contraste avec la sauvagerie avec laquelle on traite les autres types de délinquances. D’autre part on peut s’interroger légitimement sur la sincérité des élites à vouloir combattre la corruption. Tenez, le Nouveau Réveil et Le Patriote, journaux d’opposition qui n’ont cessé de pourfendre la corruption du régime semblent- aujourd’hui- vouloir présenter les personnes mises en examen (sans distinction de bord politique) par un juge pour corruption et détournements de fonds comme les victimes de l’ingratitude de Gbagbo. Cette contorsion ne vise qu’à instaurer un régime d’irresponsabilité. On est donc loin des principes proclamés.
En définitive , il est aisé de se rendre compte que le Président Gbagbo est bien peu entouré dans sa volonté de lutter contre la corruption. En cela , il n'est que plus méritant.