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16/11/2008

Péan, Libé, l’Etat français et la question du génocide des tutsis rwandais

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En France, ces derniers jours ont été riches d’enseignements sur de la question du génocide des tutsis rwandais. Il y a eu le 7 novembre 2008 la relaxe par le Tribunal de Grande Instance de Paris de Pierre Péan, assigné à la barre pour « complicité de diffamation raciale » par l’association française SOS Racisme. La défense de Pierre Péan a salué cette décision comme "une victoire pour la liberté d'expression." L’hebdomadaire poujadiste Marianne, avec son style si particulier, pour rendre compte de cette décision judiciaire, a titré « Péan gagne contre Sos-Racisme: Kagamé mange son chapeau ». Pour rappel SOS Racisme avait déposé une plainte en octobre 2006, reprochant à Pierre Péan d'avoir écrit que les Tutsis avaient recours au mensonge et à la dissimulation ou étaient des professionnels de la manipulation .Au cours du procès, pour sa défense, Pierre Péan a fait témoigner Hubert Védrine secrétaire général de l’Elysée sous François Mitterrand et Bernard Debré ministre de la coopération pendant le génocide.
Le dimanche 9 novembre 2008 Madame Rose Kabuye, Chef du Protocole d’état de la République du Rwanda est arrêtée à l'aéroport de Francfort en vertu d'un mandat européen délivré par la justice française. Madame Kabuye était arrivée à Francfort pour préparer la visite en Allemagne du président Kagame, qui était invité par la Bourse de cette ville. Elle était donc en Allemagne à titre officiel et n’a pas bénéficié du statut diplomatique. Pendant que Madame Kabuye était arrêtée, la justice allemande décidait de remettre en liberté deux « génocidaires » présumés dont le Rwanda réclame l’extradition, Calixte Mbarushimana et Onesphore Rwadukombe tous les deux rwandais. L’Allemagne a accédé à la demande de la France qui s’estime compétente à juger Madame Kabuye sur des faits qui se sont déroulés au Rwanda parce que deux français ont trouver la mort dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. La même justice allemande a décidé de ne pas donner suite à la requête du Rwanda, pays dans lequel a eu lieu le génocide dans lequel serait impliqué Messieurs Mbarushimana et Rwadukombe.
Le vendredi 14 novembre 2008 le tribunal supérieur d'appel de Mamoudzou (capitale administrative du département d'outre-mer français Mayotte) a rejeté la demande d'extradition d'un Rwandais, Pascal Simbikangwa, recherché pour participation présumée au génocide de 1994 et interpellé le 28 octobre. Il vivait sous une fausse identité : Safari Sedinawara était arrivé en 2005 sur l'île française de Mayotte, après plusieurs années de séjour aux Comores et un passage à Bruxelles. Pascal Simbikangwa non content de vivre sous une fausse identité, s’adonnait à un trafic de faux papiers (fausse carte d'identité, faux passeport et aussi fausse carte professionnelle de gendarmes). Il est difficile de croire qu’une personne sur qui plane un mandat d’arrêt international, puisse se compromettre à ce point sans un réseau de complicités conférant le sentiment d’impunité.

Le 31 octobre dans le quotidien français Libération Thomas Hofnung écrivait à propos des Casques bleus de l’ONU et de la situation dans le Nord Kivu « Une fois de plus, celle-ci affiche son impuissance au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, une région où la violence n’a jamais cessé depuis le génocide au Rwanda commis en 1994. Les rebelles, des Congolais tutsis soutenus activement par le Rwanda voisin, campent à quelques kilomètres de la ville, qu’ils tiennent à leur merci. » Sous la plume de Thomas Hofnung et avec la bénédiction de la hiérarchie de Libération le génocide des tutsis rwandais est devenu un crime qu’on ne caractérise que par le lieu où il s’est déroulé.
Le 4 novembre 2008, le même Thomas Hofnung et toujours dans Libération écrivait « …Au fil des ans, Laurent Nkunda, le rebelle congolais d’origine tutsie… Fils d’agriculteurs du Nord-Kivu, des descendants de ces Tutsis du Rwanda qui ont migré au Congo à partir du XIXe siècle, Laurent Nkunda a fait des études supérieures de psychologie à Kisangani… » Cet amalgame entre Banyamulenge (rwandophone) congolais et tutsis rwandais réfugiés au Kivu à partir de 1958 est de tradition dans la rhétorique de l’extrême droite congolaise.

Le temps passe et rien n’y fait, la haine du Rwanda et du pouvoir de Paul Kagamé reste la chose la mieux partagée entre Libération, Bernard Lugan, Dominique de Villepin, Hubert Védrine, les parachutistes.. .