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18/05/2008

A Chacun selon ses moyens !

67f099f8f0519c3f2a45c797b827d2fd.jpgAu Sénégal, la semaine politique qui s’achève a été marquée, comme d’habitude, par le Président Abdoulaye Wade. Le Président en voyage privé ( ?) en France pour assurer la promotion de son ouvrage autobiographique*a été au centre du débat politique. Il a profité de son séjour pour accorder à tour de bras des interviews aux média français. On ne peut pas dire en l’occurrence que Sept Image (l’agence qui gère la communication présidentielle dans l’hexagone) n’a pas bien travaillée. Les déclarations du Président de la République abondamment reprises par la presse sénégalaise ont fait l’objet de commentaires, contres- commentaires, analyses, mises au point et réponses. Avec le talent qu’on lui connaît, Abdoulaye Wade continue de retenir l’attention des média tant bien même que son discours soit chaque jour un peu plus d’une indigence insondable.
Dans cette routine, un fait a retenu mon attention : l’interview accordée à la rédaction du Quotidien par le représentant du Fmi à Dakar.Monsieur Alex Ségura rompant avec la langue de bois diplomatique a critiqué un certain nombre de choix économiques et financiers du gouvernement sénégalais.
Monsieur Ségura, parlant des mesures prises par le gouvernement du Sénégal pour combattre la hausse des prix et faire face à la crise alimentaire mondiale, a marqué sa déception. Il reproche au gouvernement d’avoir pris des mesures fiscales (suspension des droits de douane et de la TVA sur certaines denrées de première nécessité) inefficaces. Pour Monsieur Ségura ces mesures en plus d'être inefficaces , sont en train de déséquilibrer fortement les finances publiques et ruiner les efforts entrepris depuis plusieurs années. La preuve de l’inefficacité de ces mesures est qu’il n’y a pas d’effet notable sur les prix. D’autre part Monsieur Ségura souligne que les subventions consacrées au soutien des prix des produits alimentaires sont prélevées sur les ressources devant servir à apurer la dette intérieure c’est dire ce qui est dû aux entreprises privées. Il estime que les factures impayées au secteur privé tournent autour de 150 milliards de francs Cfa, ce qui représente plus de 10% du budget de l’état. Ce niveau énorme de factures impayées ne correspond pas au cadrage macroéconomique du Sénégal ni aux critères de convergence économique et financiers au sein de l’espace de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA). En résumé, c’est qu’au lieu de payer les factures du secteur privé, l’Etat prend l’argent qui lui aie dû pour le transférer aux subventions. Face aux périls Monsieur Ségura pense que- si rien n’est fait - les prochaines étapes risquent d’être le transfert du budget d’investissement au train de vie dispendieux de l’état et enfin des arriérés de payement des salaires des fonctionnaires. Le représentant du FMI finira en rétablissant quelques vérités en soulignant qu’il partage la même analyse que le Ministère de l’Économie et des Finances alors qu’il est en désaccord avec les analyses du Ministère du Commerce. Le premier ministère tenu par des technocrates s’inscrit dans l’orthodoxie des programmes économiques initiés depuis une dizaine d’années tandis que le second est dirigé par un proche du Président pour qui rien ne compte excepté la « vision du chef de l’état ».
Au lendemain de cette interview, Monsieur Ségura a été reçu par le Premier Ministre en présence du Ministre du budget. A la fin de l’entretien le représentant du FMI et le Ministre du budget tiendront une conférence de presse conjointe dans laquelle le premier répétera ses propos de la veille alors que le second dira que « le Sénégal n’a pas de problème de payement de salaire des fonctionnaires ». Ces personnes ne sont pas des amateurs et les propos tenus à cette conférence de presse me laisse penser qu’en définitive Monsieur Ségura a prêté sa bouche –comme on le dirait à la Médina- au Premier Ministre.
Il a été reproché à Monsieur Le Premier Ministre Adjibou Soumaré, de ne point faire preuve de caractère face au Président de la République et de céder à tous ses caprices. Il vient d’envoyer un message de protestation au Président de la République.
Qu’en sera-t-il ? Wade and see !

* Une vie pour l’Afrique, entretiens avec Jean-Marc Kalflèche et Gilles Delafon, éd. Michel Lafon