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07/07/2008

L’État privatisé

78e82d394e463dcee5b69f123632a379.jpgLe document ci-dessous a été publié dans la presse sénégalaise du jour. C’est la lettre ouverte d’un entrepreneur que le Président Abdoulaye Wade a décidé de compter parmi ses ennemis pour des raisons politiciennes. Pour le neutraliser il n’hésite pas à utiliser les moyens de l’État et à casser un outil de production qui compte des centaines d’employés.


Pourquoi j’ai assigné l’Etat en Justice et pourquoi mes entreprises quittent le Sénégal, mon pays. Par Bara Tall

… L’entreprise Jean Lefebvre est installée au Sénégal depuis 56 ans, donc avant ma naissance. Bien que de droit français, son agence fut confiée en 1987 à des cadres sénégalais qui avaient fini d’y faire leurs preuves et j’eus la chance d’en être le premier Directeur non français.
Moins de dix ans plus tard, en 1996, cette agence de droit français fut transformée en filiale de droit sénégalais avec ma prise de participation dans le capital, et, quatre ans plus tard, après en avoir fait un des leaders du Btp dans la sous-région, j’en deviens l’unique propriétaire, avec la bénédiction et le soutien de mon ancien employeur français, le Groupe Vinci, N°1 mondial du Btp.
Ce statut de major entièrement sénégalais a renforcé le rôle citoyen de mon entreprise, qu’elle n’a du reste jamais cessé de jouer. Ce qui m’a souvent conduit à m’engager corps et âme dans la concrétisation de projets majeurs, sans que les moyens financiers de l’Etat ne suivent.
Ceci m’a valu à plusieurs reprises d’être encouragé, félicité et cité en exemple, publiquement, par les plus hautes autorités de cet Etat.
Du jour au lendemain, cet engagement citoyen a été retourné contre moi, pour des raisons que l’Histoire jugera. Pensait-on que je ne pouvais rien refuser à cet Etat ? Croyait-on que j’étais le plus malléable, car n’étant plus sous la tutelle d’une puissante multinationale étrangère ?
Je fus accusé, harcelé, puis jeté en prison pendant soixante-douze (72) jours.
J’ai été alors contraint de me défendre avec mes arguments et aujourd’hui, si cela s’avérait encore nécessaire, je continuerais de me défendre avec beaucoup plus d’arguments.
Je suis sorti de prison sans réellement savoir pourquoi j’y étais entré et, sans récrimination aucune, je suis retourné à mon travail et j’ai essayé de panser mes blessures et celles des miens, de recoller les fissures infligées à toutes mes activités qui vont au-delà du Btp, décidé que j’étais à ne pas me retourner, car ayant la conscience tranquille d’avoir fait exactement ce que j’avais à faire, si j’en jugeais par le soutien populaire dont j’ai bénéficié. J’en profite pour dire, encore une fois, Merci à tous.
Ce regard tourné vers l’avenir, dans le cadre strict de mes activités professionnelles, fut partagé, je dois à la vérité de le dire, par le président de la République, lors de l’audience fortement médiatisée qu’il m’a accordée à ma sortie de prison.
Malheureusement, comme du reste on me l’avait fait comprendre sans que j’y accorde un crédit quelconque, d’autres avaient décidé, au nom d’un supposé règlement de comptes (?), qu’il n’en serait rien. Mon avenir et celui de mes entreprises devraient forcément en pâtir.
J’ai entendu dire, sans y croire, qu’on allait me détruire, moi et mes entreprises. Pour cela, la consigne aurait été la paralysie totale de l’activité, accompagnée d’une asphyxie financière. Traduction concrète : Que je ne gagne plus de marché et que l’on bloque mes paiements des travaux déjà exécutés qui me permettraient de survivre. J’ai beau ne pas avoir cru à pareille chose, mais, un an et demi plus tard, force est de constater que je dois me résoudre à cette réalité :
Nous avons été systématiquement écartés de tous les appels d’offres sur lesquels nous étions les moins-disants – et qui devraient normalement nous revenir – pour des raisons diverses et variées, parfois complètement farfelues.
Les paiements de travaux exécutés et réceptionnés depuis deux ans ont été bloqués, utilisés à d’autres fins, bien qu’étant inscrits dans les budgets successifs de 2007 et 2008.
Ayant été privés d’un chiffre d’affaires d’une centaine de milliards, équivalent à plus de trois années d’activités, nous allions nous retrouver dans quelques mois avec une activité zéro dans notre propre pays où, pendant la même période, les entreprises étrangères qui étaient derrière nous se vantent aujourd’hui d’avoir triplé leur chiffre d’affaires.
Cette situation de privation délibérée d’activité et de rétention abusive de paiements nous a causé des préjudices énormes qui vont jusqu’à menacer la survie de nos entreprises.
C’est pourquoi, nous avons procédé à une estimation de ces préjudices et en demandons réparation à l’État qui, à l’origine et en dernier ressort, en est responsable. Il est très important de préciser que nous n’avons pas fixé le montant de la réparation demandée. Nous avons simplement tenu à évaluer le préjudice que nous estimons avoir subi, pour que ceux qui certainement n’auront pas la possibilité de tout réparer, compte tenu de la situation où le pays est plongé, sachent néanmoins ce qu’ils ont détruit.
En effet, en intentant cette action, notre priorité réside d’abord dans les principes et la morale de l’Histoire. Après la procédure administrative infructueuse, nous avons épuisé toutes les voies de négociation et de conciliation possibles et nous nous sommes toujours heurtés à un mur d’indifférence. Nous sommes donc aujourd’hui conduits à introduire, au nom de ces principes, une procédure contentieuse en assignant l’État sénégalais en Justice pour avoir le droit élémentaire de travailler honnêtement dans notre pays et de pouvoir jouir du fruit de ce travail. Tout simplement. Nous ne renoncerons jamais à ce droit. Nous ferons face. Judiciairement, médiatiquement.
En attendant, nul n’étant apparemment prophète en son pays, nous avions décidé par anticipation de nous délocaliser pour survivre, en attendant de revenir. Nous organisons notre émigration en renforçant notre installation en Gambie et dans les pays de l’Uemoa où nos investissements seront transférés. Nous remercions très sincèrement les autorités gambiennes de nous avoir grandement facilité la tâche en respectant, parfois même à l’avance, tous leurs engagements financiers.
Notre siège reste et demeure néanmoins au Sénégal car, comme il en a été ainsi jusqu’à ce jour, tout ce que nous aurons reviendra dans notre pays qui nous a tout donné.
Ceci pour dire, contrairement à ce que pensent certains, que nous ne déposons pas le bilan, nous ne disparaissons pas. Notre activité continue. Elle ne fait que se déplacer. En attendant des jours meilleurs.
Bara TALL - Ingénieur Polytechnique de Thiès - Chef d’entreprises sénégalais

09/05/2008

The show must be continue

fc7e118c7dab26f6b857b3be1097b77d.jpgDans une déclaration faite en Wolof le chef de l'état Abdoulaye Wade s'attaque de nouveau à la la FAO. Alors que le pays l'attend sur les problèmes de pouvoir d'achat dans les villes et la situation de disette qui sévit dans les zones rurales, le Président a décidé de parler de relations internationales.


''Je leur (les responsables de la FAO) ai dit que si vous continuez, je vais vous traduire devant la justice. Il faut rembourser les 20 pour cent de l'argent collecté en notre nom'', a dit Abdoulaye Wade interrogé jeudi soir par la Télévision nationale.

Source : Aps

''Ils prélèvent 20 pour cent de l'argent collecté au nom de l'Afrique pour le fonctionnement de la FAO. Je leur ai dit que ceux qui ont créé l'institution doivent lui donner les moyens de son fonctionnement'', a ajouté M. Wade dans une interview en langue wolof.
Déjà dimanche dernier, Abdoulaye Wade a réclamé la suppression de la FAO et le transfert de son actif au FIDA qui, a-t-il préconisé, s'appellerait ''Fonds mondial d'assistance à l'agriculture'' et aurait un ''siège obligatoire'' en Afrique.

En effet, a expliqué le chef de l'Etat dans une déclaration radiotélévisée, ''la situation actuelle (la crise alimentaire qui frappe les pays en voie de développement) est largement'' l'échec de la FAO ''et les cris d'orfraie n'y changeront rien''.

''En dépit de tous les mérites de son directeur général (Ndlr, le Sénégalais Jacques Diouf) que j'ai largement contribué à faire élire et réélire à la tête de la FAO, en considération de ses capacités et de son dévouement, c'est l'institution FAO qui doit être mise en cause'', a ajouté le président Abdoulaye Wade. Selon lui, la FAO ''est un gouffre d'argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d'opérations efficaces sur le terrain''.
S'y ajoute que les activités de la FAO sont dupliquées par d'autres, apparemment plus efficaces, PAM, OXFAM, FIDA,'', a-t-il dit avant de souligner : ''le seul fait de réclamer USD$ 1 ,5 million là où le FIDA, Fonds International pour le Développement agricole, pose sur la table USD$ 200 millions montre la marginalisation progressive de cette institution'' qu'est la FAO.

Interrogé sur la réaction du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon qui a exprimé son soutien au directeur général de la FAO, Jacques Diouf, Abdoulaye Wade a dit qu'Il (Ban Ki-moon) est ''libre d'exprimer son avis''.
''Moi aussi, j'ai mon point de vue sur le sujet. Personne ne connait mieux que moi ce qui est bon pour le Sénégal. Maintenant comme l'institution dépend de lui, il a une certaine de façon de s'exprimer. Mais mon point de vue est partagé par beaucoup de leaders en Afrique et en Asie'', a soutenu Abdoulaye Wade.
''Tant qu'on était dans les généralités, on n'allait pas avancer. Mais dès qu'on dit que cela ne vas pas, on va s'asseoir pour revoir les choses et chacun va apporter des preuves'', a ajouté le président Wade, avant de conclure : ''une chose est sûre, le fonctionnement va changer. Ça a déjà changé, parce que ça ne peut pas continuer''.

06/05/2008

Ré ( ?) inventer la gauche africaine* ?

Je me dois d’expliquer ma démarche. Je ne suis qu’au début de ma réflexion et je ne sais pas où elle me mènera. Le titre de cette chronique paraît présomptueux- j’en conviens- mais je n’ai pas trouvé mieux.
Pourquoi disserter sur la gauche que je définirai aujourd’hui sans autre précision comme le camp du progrès social ? Je précise légèrement ma pensée, le progrès social s’entend comme la traduction dans le droit et les actes de la vie courante du principe selon lequel tous les Hommes naissent et demeurent égaux en droit et en dignité. Ma gauche à moi est celle de la justice et de l’équité. Cette précision faite j’avoue que ma réflexion n’est pas pour autant avancée.
Mon questionnement démarre au plus fort de la crise post électorale au Kenya. J’ai voulu en savoir un peu plus sur le programme de gouvernement de Raїla Odinga que j’avais entendu à la Télévision proféré des paroles fortes : « c’est le moment du sacrifice suprême pour instaurer la démocratie au Kenya ». Un tour sur son site internet (un design et les fonctionnalités des plus modernes) m’a renseigné sur son programme qui était « zéro tolérance pour la corruption, bonne gouvernance, lutte contre la pauvreté etc. …) bref le catéchisme des années 2000 des institutions financières internationales que sont la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International (FMI). Le Président Kibaki également disait que son but était de continuer à promouvoir la bonne gouvernance. Je n’ai pas réussi – faute d’éléments de connaissance du pays – à déterminer ce qui relevait de la volonté d’instaurer une société plus juste, plus équitable et plus solidaire. Mais là n’est pas mon propos. Ce que je veux souligner dans le cas d’espèce c’est l’uniformité des discours politiques.
A la fin des années 80 (je sais que ça fais ancien combattant !), on était plusieurs à nous interroger sur la place du Parti Socialiste Sénégalais fondé par Senghor et Mamadou Dia. Ce parti qui a mené le pays à l’indépendance et dirigeait le pays depuis trois décennies devait-il être considéré comme étant de gauche ou de droite. Sans que la question soit tranchée tout au moins au plan théorique l’ensemble des forces significatives de la gauche sénégalaises (hors PS bien évidemment) ont soutenu le candidat Abdoulaye Wade en février mars 2000. Ce vieil opposant aux socialistes qui se réclamait tantôt du libéralisme et d’autre fois du travaillisme jusqu’à ce qu’il invente le concept de libéral travaillisme. Pourquoi la gauche radicale sénégalaise a-t-elle soutenue le tribun populiste Abdoulaye Wade en février mars 2000 ? Pourquoi reste t-elle divisée dans l’attitude à adopter vis-à-vis de ce Président ?

A demain

* L’Afrique dont je parle est celle de l’ouest d’expression française.