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26.08.2008

Le malade de l'Afrique de l'Ouest

carte%20senegal.jpgIl est un malade dont vous ne trouverez pas description des maux dans la presse internationale : c’est le Sénégal. Il en sera ainsi tant que Abdoulaye Wade continuera de défendre les intérêts occidentaux contre ceux africains dans les fora internationaux. Tant que le Président sénégalais dira que l’Union Européenne et les USA ont raison de subventionner leurs agricultures même quand leurs exportations tuent toutes les initiatives paysannes en Afrique, il bénéficiera du même traitement. Qu’importe que Souleymane Jules Diop soit bastonné par la garde rapprochée du Président sénégalais, que les sièges de deux quotidiens reçoivent la visite de nervis-payés par les tenants du pouvoir-qui saccagent tout sur leurs passages. Qu’importe que le Président du groupe parlementaire du parti au pouvoir et neveu du Président Abdoulaye Wade menace de mort les leaders de l’opposition. Qu’importe les intimidations et les tentatives d’assassinats contre les contestataires du régime, le régime de Wade n’est pas dans l’œil du cyclone médiatique parce qu’il a « l’intelligence » de ne s’en prendre qu’à ceux qui l’ont porté au pouvoir. Le Sénégal va mal car à la crise économique liée à la hausse des denrées de première nécessité, il s’ajoute une crise sociale et morale de toute autre ampleur. L’intolérance ne cesse de prendre de l’ampleur avec des manifestations des plus macabres. Il y a quelques semaines le corps d’un de nos compatriotes a été exhumé au prétexte qu’il était homosexuel. Quand on pense que cela s’est fait avec l’aide de la force publique (les pompiers) on ne peut qu’avoir froid dans le dos. J’ai eu la chance cette année de visiter et pour des séjours d’un mois au minimum, trois pays d’Afrique de l’ouest. Si l’on s’en tient aux agrégats macro-économiques, ces pays présentent dans l’ensemble le même type de problèmes que le Sénégal. L’impression que je retire de mon périple est que la crise au Sénégal est d’une autre nature et nous prépare à des lendemains peu reluisants. J’espère me tromper.

13.06.2008

Démocratie ivoirienne.

447f52fa2fde13fe5c9c9568901d0f67.gif A un ami qui m’interrogeait sur l’origine de ma fascination pour Laurent Gbagbo et le processus ivoirien de sortie de crise, j’ai répondu que c’est l’idée que je me fais de la démocratie. J’appartiens à une génération qui a connu à l’âge de l’engagement politique la chute du mur de Berlin. Si Francis Fukuyama voyait en cette période « la fin de l’histoire » avec le triomphe de la démocratie libérale, pour l’Afrique que je connais on était loin d’endosser cette vision. Les années quatre vingt dix ont été marquées — comme autant d’entraves — par les débat récurrents sur le sens de la démocratie, ces buts et finalités et son adaptation ou non à l’Afrique. La démocratie est-elle un frein au développement ? La démocratie est-elle l’expression historique d’un certain type de cultures ? Les gouvernements autoritaires ne garantissent-ils pas une meilleure protection des couches sociales défavorisées ? Ce sont autant de questions auxquelles les démocrates qui se battaient dans les syndicats, associations et partis politiques avaient droit. Pour John Rawls la démocratie est « l’exercice de la raison publique ». De ce point de vu l’idée démocratique est la quête perpétuelle des conditions permettant à tous les citoyens d’exercer leur droit à participer aux discutions politiques et d’être en mesure d’influencer les choix relatifs aux affaires publiques. Si des élections sont indispensables dans toute démocratie, il faut avoir à l’esprit qu’elles ne constituent qu’un moyen pour les citoyens d’exprimer une préférence. Il faut que la possibilité de voter s’accompagne de la liberté de parler et d’écouter sans crainte. Un processus électoral n’a de sens démocratique que lorsqu’il s’accompagne d’un débat public ouvert. Les victoires électorales des « pères de la nation », des « petits pères des peuples » et autres « grands timoniers » montrent à l’envie que les élections ne sont pas solubles uniquement dans la démocratie. Pour utiliser un langage mathématique on dira que les élections sont une condition nécessaire mais non suffisante à la démocratie. La démocratie va au-delà de la question des élections et je pense que nous pouvons partager le point de vu de James Buchanan qui soutient « la définition de la démocratie comme le gouvernement par la discussion implique que des valeurs individuelles peuvent changer, et changent en effet au cours du processus de prise de décision » La vraie démocratie a pour socle la promotion des libertés individuelles. Elle est, contrairement à l’idée que certains veulent promouvoir, une invention de l’humanité. On en trouve des expressions chez les tous les peuples du monde. La situation de la Cote d’ivoire me fascine en ce sens que depuis le déclenchement de la crise militaire, politique et diplomatique de septembre 2002, le spectre des libertés ne cesse de s’élargir. Le pays n’a pas raté le virage des nouvelles technologies de la communication et de l’information, il existe une véritable pluralité et liberté de la presse. Il y a véritablement l’expression d’une « raison publique » et vivement le 30 novembre 2008 pour que les électeurs expriment leurs préférences pour qu’un gouvernement cohérent se mette au service du pays.

20.05.2008

Amandla! Ngawethu

6c37cdc15c335afa0ee9fd53470b8f5e.jpgCe qui se passe à Johannesburg en Afrique du Sud est grave, très grave. La chasse aux immigrés et les assassinats qui l’accompagnent est inadmissible. La situation m’inspire tristesse, colère et inquiétude mais pas de honte. Je n’ai pas honte puisque je ne me sens aucune affinité, parenté ou proximité avec les criminels qui sont responsables de ces pogroms. Je ne ressens aucune honte car j’ai entendu la vigueur avec laquelle le gouvernement sud- africain et en l’occurrence le Président Thabo Mbeki condamne cette vague de violences. Emboîtant le pas au Président de la République, le Président de l’ANC Jacob Zuma a condamné sans aucune ambiguïté les violences. La police, les militants de l’ANC et les forces sociales significatives, chacune dans son domaine de compétence, sont à pieds d’œuvre pour que cesse ces vagues xénophobes et meurtrières. La police traque les assassins et protège tant soit peu les immigrés. Les immigrés peuvent trouver refuge dans les centres communautaires où l’état assure le minimum. Il n’y a pas de doute, l’état sud-africain est engagé à lutter contre ces violences. C’est important !!! La République d’ Afrique du Sud compte 50 millions d’habitants et on estime à cinq millions c'est-à-dire 10% les immigrés. Pour l’essentiel ceux-ci viennent de pays limitrophes notamment le Zimbabwe (trois millions des immigrés viennent de ce pays). Les immigrés africains sont pour l’essentiel des employés de maison, des mines ou de fermes. Le pays a une tradition de libéralisme en matière d’immigration. Au temps de l’apartheid cette politique avait pour unique but de maintenir une pression à la baisse sur les salaires. A la fin du régime inique de l’apartheid, le gouvernement de l’ANC a continué cette politique pour diverses raisons. La première était qu’il était difficile à des gens comme Thabo Mbeki, Joe Slovo ┼, Alfred Nzo┼ de remercier les pays qui les avaient reçu et aidés pendant des années, en interdisant à leurs ressortissants de tenter leur chance dans l’Afrique du Sud démocratique. D’autre part, il y a une farouche volonté de construire une zone de solidarité africaine. Le thème de la renaissance africaine développée par Thabo Mbeki à son accession au pouvoir en 1999, son engagement dans la résolution des crises africaines témoignent de la volonté de l’état sud-africain de s’engager dans une solidarité africaine agissante. Les réactions qui viennent de ce pays prouvent que le pays s’inscrit encore dans cette dynamique tant bien que les nouvelles venant de Jo’burg soient déprimantes. Je suis en colère, car je vois que depuis une semaine l’état sud-africain se montre incapable de mettre hors d’état de nuire des groupes criminels qui prospèrent sur les frustrations légitimes des populations. La croissance économique reste encore largement insuffisamment répartie et les privilèges léonins sauf à copter quelques noirs sont tenus par les mêmes. Pour finir, j’ai beau me tâter j’éprouve des difficultés à considérer ce qui se passe en Afrique du Sud comme une conséquence de la situation au Zimbabwe. Il y a toujours eu une immigration zimbabwéenne en Afrique du Sud ? Celle-ci emprunte les canaux des solidarités ethniques transfrontalières et répond à des besoins du pays. De plus la crise que connaît l’Afrique du Sud reste circonscrite à une zone où la manipulation politique a créée par le passé des pics de violences extrêmes. Il y a des considérations locales liées à la sociologie, à l’urbanisme. Ce jour la police sud-africaine a évoqué l’hypothèse de l’implication de forces organisées occultes dans ces phénomènes violents. Est-ce moyen de se dédouaner à bon compte ? L’histoire récente de ce pays nous rappelle combien la violence peut être orchestrée pour empêcher la marche de l’histoire.

19.05.2008

Amandla !

4557fac7a4b52a56f01997c544e3c299.jpg Que de tristesse a l’évocation des nouvelles venant du pays de Walter Sisulu, Nelson Mandela, Thabo Mbeki, Benjamin Moloїse et Steve Biko. Oui beaucoup de tristesse devant la chasse aux immigrés, en particulier les Zimbabwéens. Des milliers d’entre eux fuient leurs maisons dans la panique à Johannesburg. Une semaine après leur début les attaques xénophobes qui sévissent dans les quartiers pauvres de la ville, ont fait au moins 22 morts. Dans une atmosphère qui rappelle étrangement la fin des années 80 et le début des années 90 dans le Kwazulu- Natal des bandes de sud-africains écument les townships et les quartiers défavorisés de la plus grande ville du pays à la recherche de ceux que l’on présente comme les fossoyeurs de l’économie et du bien être des sud-africains. Munis de machettes et d'armes à feu, ils ont tué et blessé des étrangers, les forçant à fuir leurs masures en flammes et en immolant même certains par le feu. Ces actes de violence xénophobe ont débuté le 11 mai dans le bidonville d'Alexandra, où deux personnes ont été tuées, et se sont étendues à tout Johannesburg ce week-end. Il y a une quinzaine d’années dans son ouvrage autobiographique* Nelson Mandela n’éludait pas la question de la violence au sein de la société sud-africaine et en expliquait avec pertinence les ressorts. Certains de ces ressorts quatorze ans après la fin de l’apartheid en tant que système politique officiel, persistent malgré le fait que nous ayons un gouvernement issu d’un scrutin dans lequel la voix de chaque personne compte. Le slogan « one man one vote » pour être entré dans les moeurs n’est plus pertinent pour mobiliser les masses. Ce n’est pas pour autant qu’il ne reste pas des bastilles à conquérir. La mixité raciale ne touche qu’un infime partie du tissu social. Une classe moyenne représentative de la diversité raciale tarde a émergé. La vie culturelle reste dominée par les blancs et une expression de la diversité n’est pas encore construite. Si au sein des instances du football une place est faite aux blancs dans les celles du rugby il faut le talent extraordinaire de Bryan Habana pour être reconnu. Des exemples de ce type, il en existe beaucoup au sein de la nation qui se veut arc en ciel. Il est temps de procéder à la révolution qui permettrait de solder tous les comptes de l’apartheid !!! * Un long chemin vers la liberté (Poche) Mandela Nelson