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16/06/2008

Assises Nationales du Sénégal: démission du Premier Vice-Président

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ASSISES NATIONALES : CE QUE JE CROIS !

Par Babacar Ndiaye, Président d’honneur de la BAD Premier Vice-Président des Assises Nationales

Pourquoi j’ai participé aux Assises nationales ?

Lorsque j’avais été approché pour participer aux Assises nationales en qualité de membre du Bureau exécutif, j’avais réagi en rappelant candidement que je n’avais jamais fait de politique active dans ma vie et que la politique n’était manifestement pas mon fort. J’ai compris par la suite que ce que je pouvais objectivement considérer comme un handicap constituait, en l’occurrence, un atout non négligeable car ce qui était recherché c’étaient des hommes et femmes qui ne militaient pas activement dans un parti, qui jouissaient d’une certaine notoriété et d’une large crédibilité tant au plan national qu‘international.

De nombreux amis m’ont félicité pour le courage dont, selon eux, j’avais fait preuve en participant à ces Assises nationales le dimanche 1er Juin en dépit des menaces qui planaient sur la tète de ceux qui y prendraient part. Ma réaction a été de leur dire que je n’avais posé aucun acte de courage ou de bravoure, mais tout simplement un acte de Foi.
Et la Foi ignore la peur !
C’est donc avec Foi que j’ai participé à la cérémonie du 1er Juin et que j’ai publiquement accepté le poste de Premier Vice-président du bureau exécutif des Assises nationales. La brève intervention, du reste non prévue au programme de la cérémonie, que j’ai faite, était singulièrement marquée de cette empreinte. Oui j’étais allé ce matin du 1er Juin a la cérémonie d’installation du bureau et des organes des Assises nationales, persuadé de ce que la déclaration que ferait le Président Mbow, permettrait de clarifier la situation, de lever nombre de malentendus quant à l’opportunité de les tenir, le but recherché et la conduite à tenir dans leur déroulement.
Et de fait, notre doyen Amadou Makhtar Mbow a, dans son discours d’ouverture, affirmé que ces Assises nationales « […] n’étaient fermées à personne, comme elles n’étaient dirigées contre personne » et a clamé haut et fort qu’il « […]reconnaissait sans restriction la légitimité du Président de la République et des pouvoirs établis et que rien dans ces Assises ne sera[it] fait pour empêcher cette légitimité de s’exercer selon la Constitution et les lois de la République ».

De mon point de vue, l’essentiel a été dit dans ces passages pour dessiner le cadre des Assisses nationales qui se voulaient inclusives pour embrasser toutes les couches de la population, tous les partis politiques, toutes les composantes de notre société complexe.

Bien qu’elles aient été initiées par le front Siggil Sénégal, j’étais convaincu de ce que les participations déborderaient le cadre étroit des partis politiques pour y englober d’autres parties-prenantes de la vie socio-politico-économique de notre pays. Les « politiques »initiateurs des Assises, devaient passer le relais à la société civile une fois que celle-ci, en ses différentes composantes, aurait été convaincue de la pertinence des raisons avancées pour mettre en place un forum d’échanges d’idées par les citoyens pour contenir la situation de crise à laquelle notre pays se trouve confronté.

La réunion de ce 1er Juin offrait bien cette image de représentativité des différentes forces vives de notre nation.

Au vu de cette diversité de strates sociales, j’ai eu alors le sentiment réconfortant que les Assises nationales, étaient bel et bien devenues l’affaire de l’ensemble des Sénégalais et non plus la propriété exclusive de leurs initiateurs. La société civile avait désormais pris les rênes pour en conduire les travaux.

J’ai été convaincu que le but des Assises n’était autre que l’intérêt supérieur de notre pays ; qu’il fallait agir pour prévenir des dangers que pourrait engendrer cette situation de crise. Il fallait empêcher l’incendie de se produire, de se propager, pour ne pas avoir à jouer le rôle, bien des fois ingrat et toujours trop risqué, de sapeurs-pompiers.

J’ai pensé qu’il y avait là un rôle à jouer, celui de facilitateurs, pour rapprocher les uns et les autres afin de créer des conditions propices pour un dialogue ouvert avec et entre tous. Ce rôle je le voyais comme celui de bâtisseurs de ponts de convergence entre les différentes parties prenantes, les différents acteurs de la vie politique, socio- économique de notre pays.

Comme je l’avais dit à ceux qui étaient venus s’entretenir avec moi de la tenue des Assises, je voyais chacun de nous, membres pressentis du bureau exécutif, à même de revêtir le manteau du Révérend Desmond Tutu pour une mission de réconciliation, de rapprochement entre Sénégalais afin de créer un climat de paix sociale dans notre pays.

Pourquoi la tenue de ces Assises nationales était opportune ?

Si l’Opposition qui a lancé l’idée de tenir des Assises nationales avait été représentée au parlement par un nombre respectable de députés, l’opportunité d’organiser de telles Assises n’aurait peut-être pas été évidente. Et si toutefois la nécessité s’en était imposée, l’approche aurait certainement été autre dans un contexte bien différent de celui dans lequel nous sommes présentement.

En outre, si l’opposition bénéficiait d’un statut reconnu et respecté et disposait d’un espace de concertation et d’échanges avec le Pouvoir, il n’aurait certainement pas été nécessaire de tenir ces Assises ou, à tout le moins, elles auraient probablement eu une autre configuration.

Le diagnostic de cette situation fait ressortir les racines du mal. Ce mal, c’est la rupture du dialogue entre les responsables politiques de notre pays. Ce mal, doit-on le laisser se propager, se dégrader jusqu’au pourrissement et devenir incurable ? Le risque est grand si nos dirigeants, principalement nos dirigeant politiques, ne prennent soin d’absorber quotidiennement une dose de Tolérance et une large portion d’Amour. Tolérance et Amour pour eux-mêmes, pour l’autre, leur opposant -et non leur ennemi- et pour le Sénégal.

Il importe que ceux que le choix des citoyens, le choix des croyants ou le Destin a placés à la tête de pans entiers de notre société, le chef de l’État en tout premier lieu, les responsables des partis politiques, les chefs des institutions, les chefs d’entreprises, les chefs religieux et les chef de famille, se donnent la main en signe de paix pour magnifier l’exception sénégalaise : un Sénégal de convivialité fraternelle, un Sénégal d’avancées sociales, politiques et religieuses exemplaires.

Il importe de traiter les problèmes de notre pays, notre bien commun à tous et à chacun, non de manière partisane ou intéressée, mais avec cette flamme de patriotisme qui illuminera les cœurs et nous conduira à inventer des solutions génératrice de bien-être et de progrès.

Il est important de veiller à ce que la paix dans notre pays soit préservée. Pour ce faire il nous faut réunir les conditions favorables à son maintien : taire nos querelles, oublier nos divergences et travailler pour consolider ce qui nous unit, ce qui nous rapproche et qui est bien plus important que ce qui nous divise. Ceci est essentiel et ce n’est que de la sorte que nous pourrons atteindre l’objectif que ces Assises se sont fixé.

Ce n’est que pour cette raison que j’ai accepté d’y participer et d’y accepter les responsabilités de vice- président dans le bureau exécutif. La motivation fondamentale qui a dominé tous les autres arguments dans ma prise de décision a été ma forte conviction que, de la sorte, je servirais la cause de la paix au Sénégal.

J’avais le sentiment très fort que je me devais de répondre favorablement à l’appel qui m’avait été adressé et de donner le meilleur de moi-même pour entretenir la paix, maintenir la concorde entre sénégalais et nous réconcilier avec nos valeurs cardinales qui sont : la tolérance, la solidarité agissante, et la téranga.

Je me voyais, simplement comme le talibé porteur du message de paix et d’amour, animé par la Foi.

Pourquoi je quitte les Assises nationales ?

L’étiquette « Assises de l’Opposition ou Assises du FSS » que le pouvoir en place entend coller a ces Assises pour des raisons qui lui sont propres me préoccupe car elle nous place de manière on ne peut plus implicite dans un camp qui n’est pas nécessairement mien. Je dois à la vérité de dire que tant les réactions enregistrées venant du camp « présidentiel » - si je peux utiliser cette expression qui recoupe une réalité certaine- que les commentaires de quelques chefs des partis de l’opposition ont été bien éloignés de mes attentes et de mes convictions. Je ne peux respecter la ligne que je me suis tracée, si je suis catalogué comme rallié à l’un des deux camps et que de gré ou de force on veut m’y confiner.

Au cours d’un entretien accordé à une radio à la fin de cette première session des Assises, au journaliste qui revenait sur l’idée que l’objectif des Assises était le renversement du Président de la République, j’avais demandé de se référer à ce que le doyen Mbow avait dit à ce sujet de manière très claire dans son discours et j‘ai également ajouté de la manière la plus formelle que jamais je ne prendrai part à quelque manœuvre que ce soit contre les institutions légitimes de notre Nation. Paraphrasant Mère Térésa, j’avais dit qu’en revanche je serais au premier rang si une marche en faveur de la paix était organisée.

Ne pouvant malheureusement pas jouer mon rôle convenablement dans le contexte actuel de politisation des Assises, entre l’image qu’elles reflètent, les personnes qui y participent et celles qui n’y participent pas, je ne me sens plus en mesure de continuer à y adhérer.

C’est une décision très personnelle que j’aurais pu simplement notifier comme telle à ceux qui n’ont fait confiance et honneur en me cooptant au sein du Bureau Exécutif des Assises en qualité de Premier Vice-président.

Il m’a semblé important, pour éviter dérives et interprétations tendancieuses que je m’en explique publiquement.
Oui, je ne peux que militer pour la paix. Je me vois bien revêtant la soutane du Révérend Desmond Tutu ou être le disciple ou le talibé de nos grands chefs religieux pour porter le message pacifique de Dieu aux uns et autres afin de les amener à s’asseoir et à trouver ensemble des voies de sortie à cette crise multidimensionnelle qui secoue le socle de notre société. Il ne s’agit pas uniquement de crise politique et de (re)positionnement politique, il ne s’agit non plus pas principalement de crise économique ou écologique, mais, de mon point de vue, il s’agit d’une crise plus marquante, plus profonde, une véritable crise de la société. Qui sommes nous ? Ou sommes-nous ? Et Ou allons-Nous ? Quelles sont nos valeurs repères ?

Notre pays aura cinquante ans dans deux petites années en 2010 !

Que sont devenus ceux qui sont nés avec lui, les « baby boomers » du Sénégal neuf ? De quels espoirs étaient ils porteurs qu’ils ont peut être oublié ou trahi ou, au contraire, dont ils entretiennent la flamme, parfois vacillante, en dépit des vents contraires ? Ils sont porteurs d’un devoir et d’une mission, au midi de leur âge, dans la plénitude de leurs compétences, ce sont les bâtisseurs de nos lendemains. Leur réflexion ne doit être ni ponctuelle, ni conjoncturelle, elle doit nous permettre d’établir les termes de référence, de nous projeter dans la vision que nous souhaitons du Sénégal de l’an 2035, du Senegal du centenaire, en l’an de 2060 !

Ces questions méritent bien la tenue de concertations au niveau national ou d’assises citoyennes pour le devenir de notre Sénégal. Je crains que méprises et manipulations ne permettent à celles inaugurées le 1er juin dernier de jouer sereinement ce rôle. Je reste profondément convaincu de l’urgente opportunité de créer un « espace » pour étudier nos interrogations et tenter de leur donner les réponses pertinentes, que nous sommes tous en droit, en devoir, même, de leur apporter