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18/06/2008

Assises Nationales du Sénégal: la danse du ventre d'Idrissa Seck

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L’ancien Premier Ministre Idrissa Seck s'était plaint de n’avoir pas avoir été invité aux Assises Nationales. Le « tort » réparé, voila qu’il pose un préalable.

Assises nationales / Lettre ouverte : Idrissa Seck répond à Amadou Moctar Mbow

Par Idrissa Seck

La sagesse de votre discours d'ouverture révèle une piste qui, poussée plus loin, permettra peut-être le retour à un climat propice au dialogue national que nous impose l'intérêt supérieur de la Nation. Vous dites ceci : « En tant que Président de ces assises, je voudrais dire haut et fort que je reconnais sans restriction la légitimité du Président de la République et des pouvoirs établis. Et rien dans ces Assises ne sera fait pour empêcher cette légitimité de s'exercer selon la Constitution et les lois de la République. »
Vous levez là indiscutablement le dernier obstacle au dialogue national perçu par le Président de la République qui devrait dès lors ne retenir des assises que ce que vous en dites vous-mêmes : « une volonté d'exercer les droits que vous confèrent vos qualités de citoyens libres dans un pays libre et démocratique, y compris celui de réfléchir sur les destinées de notre peuple et sur le présent et l'avenir de notre pays. »
Vous ajoutez « être en droit d'attendre le respect, la correction et le fair-play de la part de ceux qui ne partagent pas vos vues et votre démarche. » Vous avez les miens.
Ce que j'entends par aller plus loin dans votre sagesse et votre souci de l'intérêt national, Monsieur le Président, c'est de rencontrer à nouveau le Président de la république en vue de la participation de sa famille politique aux assises dès lors qu'est levé l'argument qui fondait son refus de dialoguer avec l'opposition : la reconnaissance de sa légitimité.
Je participerai aux Assises lorsqu'elles deviendront Nationales, c'est-à-dire inclusives de la Majorité, de l'Opposition et de la Société Civile. Leur succès et éclat ne seront garantis qu'avec la présence de tous. Elles rempliront alors pleinement leur fonction car aujourd'hui plus que jamais tous les fils de ce pays, sans exclusive, ont besoin de se parler.
La solution émerge sans peine de ce qui précède. Le Président de la République exerce pleinement sa prérogative constitutionnelle de définition de la politique de la Nation. Il décide alors de nourrir sa recherche de solutions aux multiples défis qui assaillent le pays, des apports féconds de toutes les compétences nationales sans distinction de race, de religion, de confrérie, d'ethnie et … d'opinion politique.
Dans sa recherche de solution au conflit israélo-palestinien, pourquoi ne se rendrait il pas en Israël et en Palestine à la tête d'une délégation incluant Ousmane Tanor DIENG , Moustapha NIASSE, Amath DANSOKHO, Abdoulaye BATHILY, comme récemment le Président de la République française au Liban avec François Hollande, François Bayrou et d'autres leaders de l'opposition française .
Ceux qui sont sceptiques doivent se souvenir qu'hier, dans l'opposition, l'actuel Président de la République a toujours su prendre l'exacte mesure des dangers d'un manque de dialogue entre le pouvoir et l'opposition et rejoindre le gouvernement de son adversaire, souvent contre l'opinion des radicaux de son parti.
L'ordinaire d'un pays sous développé impose déjà aux populations des souffrances considérables (manque d'eau, d'électricité, d'accès à l'éducation et à la santé, de carburant de gaz et … d'emploi). S'y ajoutent aujourd'hui les chocs des crises énergétique et alimentaire mondiales, lit propice à des tensions et explosions sociales.
Le Président de la République et son gouvernement ont la responsabilité de ne pas y surajouter les dangers d'une impasse politique. Sa première tâche, la nôtre aussi est donc d'éloigner de notre pays le spectre de la division, de l'instabilité et du conflit.
Monsieur le Président,
Je sais qu'une telle lettre peut surprendre de la part de celui qui subit depuis quatre ans les agressions politique, judiciaire et physique de sa propre famille politique mais la sagesse des anciens me sert toujours de refuge :
- « Sois résolu dans l'accomplissement de tes devoirs. Supporte les reproches injustes et dédaigne la vaine gloire. » Conseille Marc Aurèle ;« La vie d'un homme, même d'Etat est une insignifiance au regard du destin d'une Nation » enseigne De Gaulle ;
Plus fondamentalement et plus proche de nous, le Président Senghor arrivant au pouvoir avait sollicité et reçu les conseils des guides religieux. Sa moisson fut simple mais pas banale : « Veilles à ce que les citoyens travaillent et protèges les pour qu'ils jouissent du fruit de leurs efforts »Serigne Bassirou MBACKE Ibn Khadimou Rassoul (RTA).« Dans ton action suis ta raison et non ta passion ».Serigne Babacar SY (RTA)
Tout est dit ici pour bâtir un Sénégal de Paix, de Stabilité et d'opportunités économiques pour ses fils.
Qu'il soit donné à la classe dirigeante sénégalaise de le comprendre et d'avoir l'humilité de s'y engager.../.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression des mes sentiments respectueux.

16/06/2008

Assises Nationales du Sénégal: démission du Premier Vice-Président

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ASSISES NATIONALES : CE QUE JE CROIS !

Par Babacar Ndiaye, Président d’honneur de la BAD Premier Vice-Président des Assises Nationales

Pourquoi j’ai participé aux Assises nationales ?

Lorsque j’avais été approché pour participer aux Assises nationales en qualité de membre du Bureau exécutif, j’avais réagi en rappelant candidement que je n’avais jamais fait de politique active dans ma vie et que la politique n’était manifestement pas mon fort. J’ai compris par la suite que ce que je pouvais objectivement considérer comme un handicap constituait, en l’occurrence, un atout non négligeable car ce qui était recherché c’étaient des hommes et femmes qui ne militaient pas activement dans un parti, qui jouissaient d’une certaine notoriété et d’une large crédibilité tant au plan national qu‘international.

De nombreux amis m’ont félicité pour le courage dont, selon eux, j’avais fait preuve en participant à ces Assises nationales le dimanche 1er Juin en dépit des menaces qui planaient sur la tète de ceux qui y prendraient part. Ma réaction a été de leur dire que je n’avais posé aucun acte de courage ou de bravoure, mais tout simplement un acte de Foi.
Et la Foi ignore la peur !
C’est donc avec Foi que j’ai participé à la cérémonie du 1er Juin et que j’ai publiquement accepté le poste de Premier Vice-président du bureau exécutif des Assises nationales. La brève intervention, du reste non prévue au programme de la cérémonie, que j’ai faite, était singulièrement marquée de cette empreinte. Oui j’étais allé ce matin du 1er Juin a la cérémonie d’installation du bureau et des organes des Assises nationales, persuadé de ce que la déclaration que ferait le Président Mbow, permettrait de clarifier la situation, de lever nombre de malentendus quant à l’opportunité de les tenir, le but recherché et la conduite à tenir dans leur déroulement.
Et de fait, notre doyen Amadou Makhtar Mbow a, dans son discours d’ouverture, affirmé que ces Assises nationales « […] n’étaient fermées à personne, comme elles n’étaient dirigées contre personne » et a clamé haut et fort qu’il « […]reconnaissait sans restriction la légitimité du Président de la République et des pouvoirs établis et que rien dans ces Assises ne sera[it] fait pour empêcher cette légitimité de s’exercer selon la Constitution et les lois de la République ».

De mon point de vue, l’essentiel a été dit dans ces passages pour dessiner le cadre des Assisses nationales qui se voulaient inclusives pour embrasser toutes les couches de la population, tous les partis politiques, toutes les composantes de notre société complexe.

Bien qu’elles aient été initiées par le front Siggil Sénégal, j’étais convaincu de ce que les participations déborderaient le cadre étroit des partis politiques pour y englober d’autres parties-prenantes de la vie socio-politico-économique de notre pays. Les « politiques »initiateurs des Assises, devaient passer le relais à la société civile une fois que celle-ci, en ses différentes composantes, aurait été convaincue de la pertinence des raisons avancées pour mettre en place un forum d’échanges d’idées par les citoyens pour contenir la situation de crise à laquelle notre pays se trouve confronté.

La réunion de ce 1er Juin offrait bien cette image de représentativité des différentes forces vives de notre nation.

Au vu de cette diversité de strates sociales, j’ai eu alors le sentiment réconfortant que les Assises nationales, étaient bel et bien devenues l’affaire de l’ensemble des Sénégalais et non plus la propriété exclusive de leurs initiateurs. La société civile avait désormais pris les rênes pour en conduire les travaux.

J’ai été convaincu que le but des Assises n’était autre que l’intérêt supérieur de notre pays ; qu’il fallait agir pour prévenir des dangers que pourrait engendrer cette situation de crise. Il fallait empêcher l’incendie de se produire, de se propager, pour ne pas avoir à jouer le rôle, bien des fois ingrat et toujours trop risqué, de sapeurs-pompiers.

J’ai pensé qu’il y avait là un rôle à jouer, celui de facilitateurs, pour rapprocher les uns et les autres afin de créer des conditions propices pour un dialogue ouvert avec et entre tous. Ce rôle je le voyais comme celui de bâtisseurs de ponts de convergence entre les différentes parties prenantes, les différents acteurs de la vie politique, socio- économique de notre pays.

Comme je l’avais dit à ceux qui étaient venus s’entretenir avec moi de la tenue des Assises, je voyais chacun de nous, membres pressentis du bureau exécutif, à même de revêtir le manteau du Révérend Desmond Tutu pour une mission de réconciliation, de rapprochement entre Sénégalais afin de créer un climat de paix sociale dans notre pays.

Pourquoi la tenue de ces Assises nationales était opportune ?

Si l’Opposition qui a lancé l’idée de tenir des Assises nationales avait été représentée au parlement par un nombre respectable de députés, l’opportunité d’organiser de telles Assises n’aurait peut-être pas été évidente. Et si toutefois la nécessité s’en était imposée, l’approche aurait certainement été autre dans un contexte bien différent de celui dans lequel nous sommes présentement.

En outre, si l’opposition bénéficiait d’un statut reconnu et respecté et disposait d’un espace de concertation et d’échanges avec le Pouvoir, il n’aurait certainement pas été nécessaire de tenir ces Assises ou, à tout le moins, elles auraient probablement eu une autre configuration.

Le diagnostic de cette situation fait ressortir les racines du mal. Ce mal, c’est la rupture du dialogue entre les responsables politiques de notre pays. Ce mal, doit-on le laisser se propager, se dégrader jusqu’au pourrissement et devenir incurable ? Le risque est grand si nos dirigeants, principalement nos dirigeant politiques, ne prennent soin d’absorber quotidiennement une dose de Tolérance et une large portion d’Amour. Tolérance et Amour pour eux-mêmes, pour l’autre, leur opposant -et non leur ennemi- et pour le Sénégal.

Il importe que ceux que le choix des citoyens, le choix des croyants ou le Destin a placés à la tête de pans entiers de notre société, le chef de l’État en tout premier lieu, les responsables des partis politiques, les chefs des institutions, les chefs d’entreprises, les chefs religieux et les chef de famille, se donnent la main en signe de paix pour magnifier l’exception sénégalaise : un Sénégal de convivialité fraternelle, un Sénégal d’avancées sociales, politiques et religieuses exemplaires.

Il importe de traiter les problèmes de notre pays, notre bien commun à tous et à chacun, non de manière partisane ou intéressée, mais avec cette flamme de patriotisme qui illuminera les cœurs et nous conduira à inventer des solutions génératrice de bien-être et de progrès.

Il est important de veiller à ce que la paix dans notre pays soit préservée. Pour ce faire il nous faut réunir les conditions favorables à son maintien : taire nos querelles, oublier nos divergences et travailler pour consolider ce qui nous unit, ce qui nous rapproche et qui est bien plus important que ce qui nous divise. Ceci est essentiel et ce n’est que de la sorte que nous pourrons atteindre l’objectif que ces Assises se sont fixé.

Ce n’est que pour cette raison que j’ai accepté d’y participer et d’y accepter les responsabilités de vice- président dans le bureau exécutif. La motivation fondamentale qui a dominé tous les autres arguments dans ma prise de décision a été ma forte conviction que, de la sorte, je servirais la cause de la paix au Sénégal.

J’avais le sentiment très fort que je me devais de répondre favorablement à l’appel qui m’avait été adressé et de donner le meilleur de moi-même pour entretenir la paix, maintenir la concorde entre sénégalais et nous réconcilier avec nos valeurs cardinales qui sont : la tolérance, la solidarité agissante, et la téranga.

Je me voyais, simplement comme le talibé porteur du message de paix et d’amour, animé par la Foi.

Pourquoi je quitte les Assises nationales ?

L’étiquette « Assises de l’Opposition ou Assises du FSS » que le pouvoir en place entend coller a ces Assises pour des raisons qui lui sont propres me préoccupe car elle nous place de manière on ne peut plus implicite dans un camp qui n’est pas nécessairement mien. Je dois à la vérité de dire que tant les réactions enregistrées venant du camp « présidentiel » - si je peux utiliser cette expression qui recoupe une réalité certaine- que les commentaires de quelques chefs des partis de l’opposition ont été bien éloignés de mes attentes et de mes convictions. Je ne peux respecter la ligne que je me suis tracée, si je suis catalogué comme rallié à l’un des deux camps et que de gré ou de force on veut m’y confiner.

Au cours d’un entretien accordé à une radio à la fin de cette première session des Assises, au journaliste qui revenait sur l’idée que l’objectif des Assises était le renversement du Président de la République, j’avais demandé de se référer à ce que le doyen Mbow avait dit à ce sujet de manière très claire dans son discours et j‘ai également ajouté de la manière la plus formelle que jamais je ne prendrai part à quelque manœuvre que ce soit contre les institutions légitimes de notre Nation. Paraphrasant Mère Térésa, j’avais dit qu’en revanche je serais au premier rang si une marche en faveur de la paix était organisée.

Ne pouvant malheureusement pas jouer mon rôle convenablement dans le contexte actuel de politisation des Assises, entre l’image qu’elles reflètent, les personnes qui y participent et celles qui n’y participent pas, je ne me sens plus en mesure de continuer à y adhérer.

C’est une décision très personnelle que j’aurais pu simplement notifier comme telle à ceux qui n’ont fait confiance et honneur en me cooptant au sein du Bureau Exécutif des Assises en qualité de Premier Vice-président.

Il m’a semblé important, pour éviter dérives et interprétations tendancieuses que je m’en explique publiquement.
Oui, je ne peux que militer pour la paix. Je me vois bien revêtant la soutane du Révérend Desmond Tutu ou être le disciple ou le talibé de nos grands chefs religieux pour porter le message pacifique de Dieu aux uns et autres afin de les amener à s’asseoir et à trouver ensemble des voies de sortie à cette crise multidimensionnelle qui secoue le socle de notre société. Il ne s’agit pas uniquement de crise politique et de (re)positionnement politique, il ne s’agit non plus pas principalement de crise économique ou écologique, mais, de mon point de vue, il s’agit d’une crise plus marquante, plus profonde, une véritable crise de la société. Qui sommes nous ? Ou sommes-nous ? Et Ou allons-Nous ? Quelles sont nos valeurs repères ?

Notre pays aura cinquante ans dans deux petites années en 2010 !

Que sont devenus ceux qui sont nés avec lui, les « baby boomers » du Sénégal neuf ? De quels espoirs étaient ils porteurs qu’ils ont peut être oublié ou trahi ou, au contraire, dont ils entretiennent la flamme, parfois vacillante, en dépit des vents contraires ? Ils sont porteurs d’un devoir et d’une mission, au midi de leur âge, dans la plénitude de leurs compétences, ce sont les bâtisseurs de nos lendemains. Leur réflexion ne doit être ni ponctuelle, ni conjoncturelle, elle doit nous permettre d’établir les termes de référence, de nous projeter dans la vision que nous souhaitons du Sénégal de l’an 2035, du Senegal du centenaire, en l’an de 2060 !

Ces questions méritent bien la tenue de concertations au niveau national ou d’assises citoyennes pour le devenir de notre Sénégal. Je crains que méprises et manipulations ne permettent à celles inaugurées le 1er juin dernier de jouer sereinement ce rôle. Je reste profondément convaincu de l’urgente opportunité de créer un « espace » pour étudier nos interrogations et tenter de leur donner les réponses pertinentes, que nous sommes tous en droit, en devoir, même, de leur apporter

10/06/2008

Assises Nationales Du Sénégal : la critique d’un membre du parti au pouvoir

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Taisez-vous ! Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires

Par Me Mbaye-Jacques Diop Membre fondateur du Mouvement des jeunes du Bloc démocratique sénégalais Membre du Comité directeur du Parti démocratique sénégalais

Dans un entretien paru dans l'organe le Quotidien, en date du 05 juin 2008, le Secrétaire général du Parti socialiste s'est longuement expliqué sur la raison d'être, les conditions d'organisation, les objectifs visés, etc., et de ce qu'il est convenu d'appeler les Assises ‘Nationales’. Chacun peut avoir son appréciation de l'événement et son idée sur l'opportunité et la pertinence d'une telle initiative. Les Sénégalais sont tout de même assez lucides, pour distinguer le bien-fondé d'actes supposés être posés pour leur garantir un devenir de Paix et de Prospérité, des gesticulations stériles qui relèvent de chimères politiciennes et de la démagogie.
En notre qualité d'acteur et de témoin de la longue histoire politique de notre pays, nous pensons pouvoir restituer certaines vérités historiques pour mettre en garde contre un ‘hold-up’ d'un patrimoine qui est un bien commun et que nul n'a le droit de travestir pour justifier l'injustifiable. Les initiateurs de ces Assises dites ‘Nationales’ ont cru devoir utiliser la caution morale d'une éminente personnalité dont le nom se confond avec les péripéties du tumultueux cheminement du Sénégal, aujourd'hui indépendant. Nous voulons parler de notre compatriote Amadou Moctar Mbow, - mon oncle par alliance - dont l'action et le parcours sur les plans national et international, ont fait notre fierté.
Seulement, il faut que les Sénégalais qui n'étaient pas nés ou sont trop jeunes pour se rappeler les glorieux moments qui ont rythmé, tout au long de la seconde moitié du 20e siècle, les jours et mois de combats épiques pour se débarrasser du joug colonial, sachent que l'histoire a été une œuvre commune, faite de pages écrites par des acteurs multidimensionnels, patriotes sincères et animés d'une même foi. Il ne saurait, donc, être question, d'extirper du gotha des ‘combattants historiques’, une seule figure pour l'instrumentaliser avec un cynisme intellectuel qui n'aurait d'égal que le travestissement éhonté des faits et gestes qui ont accouché de l'Histoire.
Par delà notre propre personne, d'éminents acteurs de ce passé glorieux sont encore là, bien vivants, Dieu merci, comme Assane Seck, Abdoulaye Ly et tant d'autres, non moins éminents. Le cas de Abdoulaye Ly est particulièrement symbolique, car il a été notre chef de file, nous tous, acteurs de l'époque, des luttes pour l'indépendance de notre pays ; rédacteur du fameux manifeste du Pra-Sénégal que nous avons signé, ensemble, le 20 septembre 1958, à Rufisque, notre ville natale. Pourquoi les initiateurs des Assises dites ‘Nationales’ ne se sont-ils pas intéressés à Abdoulaye Ly ?
Quoi qu'il en soit, tous les acteurs de ce pan de l'histoire de notre pays - 1956-1970 - peuvent témoigner de la prééminence de Abdoulaye Ly. Nous invoquons son nom pour illustrer et démontrer le ‘danger’ qu'il y a à vouloir utiliser certaines personnes pour tenter de réécrire l'histoire à seule fin de mener des combats douteux, en exploitant sans vergogne les difficultés planétaires que connaît notre pays.
Que cherche t-on, en réalité, en initiant ces fameuses Assises que la probité intellectuelle ne permet pas de qualifier de ‘Nationales’ ? Le Secrétaire général du Ps nous parait s'être fourvoyé, dans ses explications, en voulant concilier ce qui n'est pas conciliable. Notre ancien camarade de parti déclare que lui et ses partenaires ne mettent pas en cause la qualité de président de la République de Abdoulaye Wade. Il convoque, à l'appui de cette pétition de principe, la caution juridique du Conseil constitutionnel et déclare, en citoyen responsable, reconnaître ‘de facto’ la qualité de Abdoulaye Wade, conférée par le suffrage universel. Nous ne pouvons dire que bravo !
Mais, immédiatement après, le secrétaire général du Ps proclame que Abdoulaye Wade ne ‘peut pas les obliger à reconnaître sa légitimité’ ( ? !). ‘On est où là ?’ Seul, ce titre d'une célèbre émission d'une radio étrangère bien connue, sied comme réponse. Admettre, en effet, avoir accepté le verdict du juge des élections, verdict qui consacre, donc confère la légitimité d'une autorité élue, et, dans le même temps, affirmer refuser la légitimité de cette autorité, c'est tout simplement Kafkaïen !
Dans un tel contexte, convoquer une conférence nationale, pardon ! Des Assises ‘Nationales’ c'est la fuite en avant. ‘Quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites’, disait Georges Pompidou, Agrégé de lettres et normalien. Au Sénégal, nous croyons que c'est l'initiative de trop. Le drame, c'est que les acteurs de la tragi-comédie ne se rendent pas compte qu'ils marchent à reculons. Nous ne sommes plus à l'époque de l'Afrique ‘mitterrandienne’ de la Baule. Les conférences nationales ont vécu ! Du reste, notre pays n'a jamais été concerné par ces séances de pseudo-drame. Heureusement.
Que, donc, en 2008, des politiciens, qu'aveuglent ‘la hargne, le doute et le dénigrement’, croient devoir entreprendre, une œuvre qui pourrait conduire à un désastre national, si on n'y prend garde, en ce qu'ils n'ont pas hésité à embrigader un ‘quarteron de généraux à la retraite’ - selon la célèbre formule du Général De Gaulle - touchant ainsi au principe sacro-saint de l'apolitisme de notre Armée nationale, il y a là de quoi s'inquiéter. Tous les citoyens de ce pays doivent donc se sentir interpellés. Mais n'oublions jamais que le patriotisme est, toujours, civil et/ou militaire.
Furet, Historien de la Révolution française de 1789 avait indiqué déjà : ‘Un patriote est celui qui soutient la République’. Alors, Messieurs, revenez vers la République, ce bien commun que vous avez quitté, oui revenez vers la République qui nous réunit, mais pas par effraction. A l'époque de la Révolution, il fallait construire la République française, tout comme aujourd'hui, il s'agit de consolider, avec force, la République du Sénégal, née en 1960.
Ainsi, à ceux qui veulent ensevelir le suffrage des Sénégalais, nous rappelons la fameuse réplique de André Laignel, le 13 octobre 1981, à Jean Foyer : ‘Taisez-vous ! Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires…’. Cette réplique a été reprise par Lionel Jospin, alors Premier ministre, face à son opposition de l'époque. Et pourtant on ne peut soupçonner, un seul instant, Lionel Jospin de n'être pas un citoyen, un démocrate et un homme de gauche. Alors? Opposez-vous ! Contestez ! C'est la règle d'or de la démocratie. Et tant mieux, si votre action peut renforcer la démocratie au Sénégal, notre pays que nous avons en partage.
Mais gardez-vous de franchir le Rubicon. La démocratie se pratique, mais sa pratique suppose la maîtrise des pulsions du nihilisme, l'endiguement des passions nées des ambitions contrariées. Etre démocrate, c'est d'abord être responsable. Refuser de participer à une élection est une attitude qui engendre des conséquences politiques que l'on doit assumer avec la dignité qui sied. Et dès lors qu'on a perdu, volontairement, la légitimité conférée par le suffrage universel, on n'est plus en droit de s'abriter derrière qui que ce soit pour tenter de rebondir.
Du reste, nous avons appris, hier, que Nicolas Sarkozy, Chef de l'exécutif du pays qui nous a longtemps colonisés, est parti au Liban avec des membres de son gouvernement, mais aussi avec les ‘chefs de parti représentés à l'Assemblée nationale’, c'est-à-dire, ceux qui ont accepté d'affronter le suffrage de leurs concitoyens. C'est ainsi que se pratique la ‘démocratie partagée’, chez eux, comme chez nous. Nous disons cela à haute voix, pour l'histoire de notre pays, depuis les années 1950 où l'action militante a reçu ses lettres de noblesse.
Nous sommes d'autant plus à l'aise pour le dire que nous considérons le patriotisme comme une vertu cardinale non négociable, comme nous l'avons affirmé plus haut. Et nous proclamons encore cela sous le contrôle précisément des pères spirituels des Assises dites ‘Nationales’, car beaucoup parmi ceux-là ont cheminé avec nous pendant presque 50 ans, même si nous avons, toujours, été considéré comme ‘rugueux’, ce qui nous a valu toujours d'être combattu, dans ce qui était notre formation politique commune. Et, lorsque la goutte a fait déborder le vase, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2000, à un moment où rien n'était encore certain, nous sommes parti avec armes et bagages. Et notre chemin a croisé le chemin de Abdoulaye Wade. Nous avons donc contribué à élire et à réélire Abdoulaye Wade. Et nous en sommes fier ! Le peuple sénégalais, chaque fois, s'est prononcé d'une manière exemplaire.
L'abstention, tout comme le boycott est un choix politique, comme la participation ; on ne peut pas, dès lors, s'y réfugier et contester les résultats d'une élection. ‘Les idées de Abdoulaye Wade ? Sa pratique du pouvoir’, avez-vous dit ? Mais bien sur ! Lorsqu'un suffrage est remporté, on en déduit que le corps électoral a approuvé les ‘idées’ professées et a manifesté son approbation vis-à-vis du programme présenté. C'est ce qui s'est passé en 2000. C'est ce qui s'est passé en 2007. Sauf qu'en 2007, les Sénégalais vous ont dit, ‘Oui il est question qu'on continue avec Abdoulaye Wade!’. Mais dit l'adage : ‘il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre!!!’.