13.06.2008
Démocratie ivoirienne.
A un ami qui m’interrogeait sur l’origine de ma fascination pour Laurent Gbagbo et le processus ivoirien de sortie de crise, j’ai répondu que c’est l’idée que je me fais de la démocratie. J’appartiens à une génération qui a connu à l’âge de l’engagement politique la chute du mur de Berlin. Si Francis Fukuyama voyait en cette période « la fin de l’histoire » avec le triomphe de la démocratie libérale, pour l’Afrique que je connais on était loin d’endosser cette vision. Les années quatre vingt dix ont été marquées — comme autant d’entraves — par les débat récurrents sur le sens de la démocratie, ces buts et finalités et son adaptation ou non à l’Afrique. La démocratie est-elle un frein au développement ? La démocratie est-elle l’expression historique d’un certain type de cultures ? Les gouvernements autoritaires ne garantissent-ils pas une meilleure protection des couches sociales défavorisées ? Ce sont autant de questions auxquelles les démocrates qui se battaient dans les syndicats, associations et partis politiques avaient droit.
Pour John Rawls la démocratie est « l’exercice de la raison publique ». De ce point de vu l’idée démocratique est la quête perpétuelle des conditions permettant à tous les citoyens d’exercer leur droit à participer aux discutions politiques et d’être en mesure d’influencer les choix relatifs aux affaires publiques.
Si des élections sont indispensables dans toute démocratie, il faut avoir à l’esprit qu’elles ne constituent qu’un moyen pour les citoyens d’exprimer une préférence. Il faut que la possibilité de voter s’accompagne de la liberté de parler et d’écouter sans crainte. Un processus électoral n’a de sens démocratique que lorsqu’il s’accompagne d’un débat public ouvert. Les victoires électorales des « pères de la nation », des « petits pères des peuples » et autres « grands timoniers » montrent à l’envie que les élections ne sont pas solubles uniquement dans la démocratie. Pour utiliser un langage mathématique on dira que les élections sont une condition nécessaire mais non suffisante à la démocratie.
La démocratie va au-delà de la question des élections et je pense que nous pouvons partager le point de vu de James Buchanan qui soutient « la définition de la démocratie comme le gouvernement par la discussion implique que des valeurs individuelles peuvent changer, et changent en effet au cours du processus de prise de décision »
La vraie démocratie a pour socle la promotion des libertés individuelles. Elle est, contrairement à l’idée que certains veulent promouvoir, une invention de l’humanité. On en trouve des expressions chez les tous les peuples du monde.
La situation de la Cote d’ivoire me fascine en ce sens que depuis le déclenchement de la crise militaire, politique et diplomatique de septembre 2002, le spectre des libertés ne cesse de s’élargir. Le pays n’a pas raté le virage des nouvelles technologies de la communication et de l’information, il existe une véritable pluralité et liberté de la presse.
Il y a véritablement l’expression d’une « raison publique » et vivement le 30 novembre 2008 pour que les électeurs expriment leurs préférences pour qu’un gouvernement cohérent se mette au service du pays.
17:58 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Démocratie, Afrique, Cote d'ivoire, Laurent Gbagbo
13.05.2008
Echec de la stratégie de croissance accélérée ?
Je poursuis ici ma réflexion sur la gauche africaine. Bon, ce n’est pas totalement vrai puisque dans la première partie du post je règle (c’est plus fort que moi) quelques comptes avec le Président sénégalais. En juin 2006, le gouvernement du Président Abdoulaye Wade lançait la stratégie de croissance accélérée (SCA) censée faire du Sénégal un pays émergent, c'est-à-dire inscrit dans une dynamique de croissance durable et significative comme la Malaisie, le Chili, la Tunisie. Avec le talent dont ils peuvent faire montre en pareilles circonstances, les sopistes nous avaient annoncé que grâce à la vision géniale du chef d’état le plus diplômé du Caire au Cap et de Monrovia à Mombassa que tout était acquis et que bientôt on allait voir ce qui n’a jamais été vu au Sénégal et en Afrique. En un an des Trains à Grande Vitesse (TGV) relieraient les villes sénégalaises et l’aéroport international de Ndiass verrait débarquer les marins des navires de la quatrième génération. Le Président qui s’y connaît en construction de port avait conçu celui du futur qui a séduit les investisseurs au point qu’il a l’embarras du choix. Les critères financiers, économiques et stratégiques ne pouvant départager les candidats investisseurs, on sollicitera notre fibre religieuse. Deux ans après qu’est devenu cette stratégie ? Elle a échoué par notre faute comme le soulignait il y a peu de temps le ministre de l’information et porte-parole du gouvernement. Mais soyons juste, la SCA n’est pas sortie de l’imaginaire de notre cher Président. Il s’est contenté d’en rêver les conséquences. Les plans de notre Président ne s’embarrassent pas de stratégies alors vous l’imaginez choisir un nom si ringard. Les observateurs avertis avait décelé assez rapidement que la SCA était un avatar des programmes économiques inspirés par les institutions financières internationales que nous expérimentons depuis plus de trois décennies avec le succès dont chacun de nous peut être juge. Ce « nouveau » programme économique qui visait à réaliser une croissance de 8 à 10% n’a pas permis à notre pays de s’en sortir c'est-à-dire offrir à chacun d’entre nous l’opportunité de vivre dignement grâce à son travail ou son talent ? Ce programme économique n’a pas permis et ne permettra à l’État de collecter suffisamment de ressources pour assurer le progrès social de toutes les composantes de la nation ? La stratégie de croissance accélérée si l’on s’en tient à ce qu’en disait en Mars 2006 le ministre d’état, ministre de l’économie et des finances Abdoulaye Diop : « …en phase de finalisation avec l’opérationnalité des 5 groupes de grappes et du groupe de synthèse….Avec la mise en place la sca, la finalisation du Pamu et la construction de la plate forme de Diamniadio, les investissements publics connaîtront un regain de dynamisme…..La mise en place d’un environnement de classe international….. » .On l’avait compris , l’idée directrice de cette stratégie était d’assurer dans un cadre macroéconomique d’ajustement structurel une augmentation des investissements directs étrangers dans des niches que les deniers publics auront permis de mettre en place.Cette idée n’est pas nouvelle et à déjà été expérimentée sans grands succès.Les moins jeunes d’entre nous doivent se rappeler les promesses faites à la création de la zone franche industrielle,à la suppression des articles du code du travail protégeant les travailleurs contre les abus du patronat.Toutes ces mesures loin d’avoir augmentée les investissements directs étrangers ont au contraire augmentée l’endettement de l’état et rendu précaire la situation de nombreux travailleurs sénégalais. Depuis les chocs pétroliers des années 70 qui ont épuisé les logiques de rente héritées de la colonisation, notre politique économique est dictée par les institutions financières internationales. En 1979, le gouvernement sénégalais signait avec le Fond Monétaire Internationale (FMI) le premier programme macroéconomique appelé plan de stabilisation 1979-1984. Cette période aura été marquée par une faible croissance économique, inférieure du reste à la croissance démographique. Le programme d’ajustement à moyen et long terme (1985-1992) a été caractérisé par le démantèlement de notre industrie et notre agriculture. Les politiques initiées durant cette période n’ont pas attiré davantage les investissements directs étrangers alors que leur coût social a été catastrophique. Le plan d’urgence encore appelé plan « Sakho-Loum » de 1993 visait à réduire le train de vie de l’état qui était loin d’être sénatorial ce qui veut bien dire où notre économie était à cette période. Depuis la dévaluation du franc CFA de 1994, le pays est inscrit dans une dynamique de croissance favorisée d’abord par l’effet mécanique de celle-ci sur les exportations. Depuis 1998, la croissance économique que nous connaissons est tirée par les investissements publics que permet l’assainissement des finances publiques et les remises de dettes. Malgré cette croissante économique, le chômage reste important, la pauvreté touche plus de la moitié de la population et le pays est classé parmi les Pays les Moins Avancés (PMA) et les exportations sénégalaises progressent peu. Cette croissance a des aspects quelques peu artificiels car elle est plus proche de celle des pays riches ayant des capitaux abondants que de celle des pays émergents. De plus, il semble que nous soyons de plus en plus proche des limites des opportunités qu’offrent ces politiques. On note à ce propos un tassement de la croissance qui n’a jamais du reste atteint les niveaux permettant de lutter efficacement contre la pauvreté. Notre économie présente plusieurs faiblesses dont la moindre n’est pas son isolement au sein de notre sous région. Les échanges avec nos voisins restent trop faibles et ceci parce qu’il est bien difficile et/ou cher de s’y rendre par la route par exemple. A l’intérieur du pays, se déplacer est un calvaire, joindre Dakar à Djoffior ou Ziguinchor à Séléky peut prendre la journée. Nous dépendons trop de l’aide extérieure et ceci pour un résultat médiocre. Nous dépensons beaucoup d’énergie et de temps pour satisfaire les normes bureaucratique des bailleurs de fonds (qui ont chacun leur procédure) et ceci pour des actions dont la pertinence économique n’est pas toujours prouvée. Ces bailleurs de fonds qui sont tiraillés entre la nécessité de montrer à leurs opinions publiques qu’ils gèrent au mieux l’argent du contribuable, la pression médiatique en direction des thèmes à la mode et enfin nos besoins à nous pas toujours bien exprimés. Dans ces circonstances beaucoup de ces bailleurs préfèrent la visibilité médiatique, or celle ci coïncide rarement avec l’efficacité économique. Nous évoluons dans un système économique mondialisé où nous sommes, comme le reste de l’Afrique Noire, marginalisés. Nos produits traditionnels d’exportation ont connu une baisse de leur valeur (4) et nos marchés sont envahis par des produits agricoles européens et américains qui sont largement subventionnés mais par ceux des pays émergents. Nous devons faire face à des barrières tarifaires et non tarifaires pour entrer sur le marché européen et américain. Nous manquons de ressources humaines formées : en témoigne le faible taux d’alphabétisation des adultes. Notre économie a des atouts au premier rang des quels notre farouche volonté de nous en sortir. Le savoir-faire et l’ingéniosité de nos compatriotes du secteur dit informel ne sont plus à démontrer et les agriculteurs malgré d’énormes difficultés ne baissent pas les bras.Les transferts monétaires important (estimés à 500 millions de dollars par an) provenant de diaspora ne sont pas négligeables. Le Sénégal est un pays africain, pauvre et enclavé dans son espace potentiel de croissance. Les deux tiers de la population active du pays sont occupés à travailler dans le secteur primaire qui ne produit que 20% de la richesse nationale. Des millions de sénégalais sont des acteurs d’une économie populaire dynamique qui manque d’investissements pour dépasser ses limites actuelles. De part les transferts des migrants notre économie a un potentiel inexploité d’investissement vers les secteurs productifs. La Stratégie de Croissance Accélérée telle qu’elle a été présentée il y a deux ans ne part pas du constat de nos forces et faiblesses pour inventer la manière de répondre à la demande sociale. La philosophie qui fonde la SCA est qu’il existe sur le marché mondial des investisseurs prêts à venir chez nous à condition que nous sachions les attirer. L’histoire économique de notre pays et de l’Afrique noire apporte un démenti à ce postulat car jusqu’à présent les logiques qui soutendent les investissements sont celles de contrôle des ressources notamment les matières premières plus que celles de marché. Depuis plus de 25 ans on se cesse de nous répéter qu’il n’existe pas d’alternatives aux politiques économiques menées dans notre pays. Il n’y a rien de plus faux car ces politiques n’ont pas débouché sur le progrès économique et social que nous étions en droit d’attendre.Il est possible de faire autre chose et de donner de meilleurs résultats. Dans cette perspective replaçons au centre du projet économique le questionnement politique. Qui sommes nous ? Qu’avons-nous ? Que voulons –nous ?
15:10 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sénégal, Afrique, Gauche, Economie, Wade, Institutions Financières internationales


