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07/01/2011

COTE D’IVOIRE : LA CEDEAO, NEGRE DE SERVICE ?

cedeao2.jpgJe vous propose la tribune parue dans le journal dakarois Sud Quotidien d'un intellectuel sénégalais spécialiste des questions postcoloniales africaines.

 

Depuis quelques temps, le président du Nigeria, président en exercice de la CEDEAO, et ses ministres menacent la CI d’une invasion punitive par les Forces armées des pays de l’Afrique de l’Ouest, pour forcer le président - mal élu par le CC - de ce pays à quitter le pouvoir pour le céder à Alassane Ouattara, le candidat de la France, de l’Onu, des Institutions de Bretton Woods, des Etats unis et de certains chefs d’Etat africains que nous n’avons point besoin de nommer ici. Nous nous demandons aujourd’hui où étaient ces zélés donneurs de leçons de démocratie quand Faure Gnassingbé, Ali Bongo et Kabila remplaçaient chacun leur père à l’issue de simulacres d’’élections.

Compte tenu des énormes erreurs commises par l’Onu qui a pressé les Ivoiriens à aller aux élections sans les préalables incontournables : l’exercice de la souveraineté de l’Etat ivoirien sur l’étendue du territoire national, désarmement et démobilisation des rebelles, établissement d’institutions crédibles, notre humble avis est que ces élections sont nulles et non avenues et de nul effet. La solution ce n’est donc pas la guerre, mais le retour à la case de départ : les négociations, sous la houlette d’un Africain et non d’un Asiatique qui ne comprend rien aux réalités locales.

Nous devons avouer que cette situation peine tous les Africains soucieux du devenir de la sous-région. Elle peut retarder cette partie de l’Afrique et consacrer la mainmise de forces tapies dans l’ombre et à découvert sur les richesses de la CI. Lors de l’ouverture du Festival Mondial des Arts Nègres, le président du sénégalais a dit que les Africains n’étaient plus à une époque où ils se faisaient tromper par les Européens. Pourtant, l’histoire est en train de balbutier, car cette situation est similaire à celle de la colonisation et de l’esclavage. Pendant la traite négrière et l’esclavage, les Européens ont utilisé des Africains contre d’autres Africains pour parvenir à leurs fins. C’est exactement ce qu’ils sont en train de refaire aujourd’hui, en ce début du 21e siècle. Les Français et leurs différents alliés activent la CEDEAO et des chefs d’Etat africains pour se débarrasser de celui qui les empêche de dérouler leur programme néocolonialiste en Afrique. Il faut reconnaitre aussi que certains pays de la CEDEAO et de l’UEMOA souhaitent tout bas le déclin de la CI qui est actuellement la locomotive de l’UEMOA. Mais en détruisant la locomotive, peuvent-ils seulement espérer aller de l’avant ? C’est tout le train qui risque de rester en gare. Pour longtemps !

Aujourd’hui, la tournure des événements en CI montre nettement que Ouattara a toujours été le chef politique de la rébellion ; que Guillaume Soro et ses rebelles ont été armés par ceux qui soutiennent Ouattara aujourd’hui. Et Soro a déclaré que ses troupes – des rebelles ! - vont aider les troupes de la CEDEAO à combattre les troupes de l’Armée régulière ivoirienne. Quel paradoxe ! Quelle insulte à l’Afrique et à ses Armées régulières ! Comment des soldats sénégalais, maliens, nigériens, togolais peuvent-ils accepter d’aller se battre aux côtés de rebelles contre leurs camarades ivoiriens avec qui ils ont fait Bango ? Si les chefs d’Etat de la CEDEAO ont perdu la raison, les généraux ne doivent pas l’être.

S’il est facile pour Goodluck Jonathan du Nigeria de menacer la CI parce qu’il n’a pas de frontières avec ce pays, donc pas beaucoup de ressortissants sur place, les autres pays qui y ont des millions de ressortissants doivent savoir que les conséquences d’un débarquement sera catastrophique pour les Sénégalais, les Maliens, les Burkinabè. Et ils ne disposent pas des moyens de la France qui pousse déjà ses ressortissants à quitter le pays. Alassane Ouattara, cet homme qui se dévoile aujourd’hui comme un agent de l’Occident, mérite-t-il un tel sacrifice ? Flairant le danger qui le guette en tant que voisin de la CI, Le Ghana a déjà dit qu’il était hors de question d’envoyer des soldats dans ce pays.

Soldats sénégalais, maliens, nigériens, burkinabè, togolais, nigérians, gambiens, libériens, sierra léonais, refusez d’aller en CI ! Cette cause n’est pas noble. Vos devez vous sacrifier pour la défense les intérêts de l’Afrique, pas pour la défense des intérêts de la France et de ses alliés. Nous doutons franchement de l’ivoirité – une trouvaille de Bédié ! - des Ivoiriens qui veulent que leur pays soit envahi par d’autres pays. Ces gens-là, ce n’est pas la CI qui les intéresse ! C’est le pouvoir ! Uniquement le pouvoir ! Rien que le pouvoir !

Pr. Gorgui DIENG

Laboratoire d’Etudes africaines et postcoloniales
Département d’Anglais

Université Cheikh Anta Diop, Dakar.

Source :Sud Quotidien du 5 janvier 2011

 

Commentaires

Cher professeur,


Sur quoi vous basez-vous pour faire cette analyse? Sur la base des lois et législations de ce pays, M. Ouattara a été élu et bien élu. Le choix du peuple est Ouattara et nombreux sont ceux qui ne sont pas prêt à accepter un coup d'état constitutionnel car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ouattara n'est pas seulement le candidat de la communauté international mais aussi le choix du peuple. je vous exhorte à lire la constitution de la côte d'

Écrit par : raphael | 13/01/2011

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