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16/11/2010

Respect

 

 

Gbagbo261108220.jpgLe message de Laurent Gbagbo au président sénégalais Abdoulaye Wade est passé cinq sur cinq. À preuve le communiqué du Conseil des ministres du Sénégal du jeudi 11 décembre 2010 où il n’est fait nulle mention à l’audience qu’a accordé Abdoulaye Wade à Alassane Dramane Ouattara et certains dirigeants du RHDP le 4 novembre 2010, au lendemain de la proclamation des résultats du premier tour. D’ailleurs, ce qui frappe dans ce communiqué, c’est la sobriété du style qui contraste d’avec ce qu’il nous est donné de lire chaque semaine depuis que l’omnipotent et omniscient Abdoulaye Wade gouverne le Sénégal. Les communiqués du Conseil des ministres version Abdoulaye Wade rendent compte de ses nombreux voyages à l’étranger, de ses audiences et ses discours devant des « publics éblouis » par sa « vision ». Le style de rédaction de ces communiqués emprunte plus à la prose d’Alphonse Daudet dans Tartarin de Tarascon qu’au manuel du droit administratif. C’est donc dire que la réaction ferme du président Gbagbo par le rappel de son ambassadeur à Dakar a été un coup de semonce qui a ramené Wade à l’évidence que la diplomatie est d’abord un exercice de courtoisie et de discrétion. La phrase du président Gbagbo « il faut qu’on nous respecte » n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd.

Un autre qui devrait exiger du respect, c’est Jean-Baptiste Akrou, le Directeur général de Fraternité Matin et au-delà de sa personne toute la presse ivoirienne. Akrou, c’est plus d’une vingtaine d’années de journalisme au sein d’une rédaction qui a en son sein des plumes de talent et d’expérience comme, Alfred Dan Moussa, Agnès Kraidy, Ferro Bailly, Sylla…Fraternité Matin, c’est le quotidien à capitaux publics qui incarne le pluralisme en Cote d’ivoire et dans lequel au plus fort de la crise qu’a connu le pays, des éditorialistes proches de la rébellion ont pu s’exprimer. Alors d’où vient-il que des gens qui n’ont jamais dirigé des rédactions comme Jean-François Julliard et les membres de Reporters sans frontières se permettent de juger son travail ? Le monitoring que RSF a présenté est une injure aux professionnels des médias ivoiriens. Il existe en Cote d’ivoire des organes légitimes de régulations de la presse (CNCA, CNP…) qui font leur travail. Le paysage médiatique ivoirien est le reflet des conditions économiques d’exercice des professions de presse et des débats au sein de la société. Tous les journaux ivoiriens, de la feuille la plus tarée au service du RDR à Notre Voie, en passant par le Courrier d’Abidjan, Le Temps et Soir Info, sont l’expression de la volonté des ivoiriens de débattre. Le débat public, dont la presse est par excellence le véhicule, est l’expression primordiale de la démocratie.

Ce monitoring, RSF s’est gardé de l’appliquer aux médias français qui ont couvert l’élection présidentielle du 31 octobre dernier. Vous voyez Julliard juger les articles de Libé et du Monde ? Si RSF avait osé un tel monitoring, il se serait rendu compte que dans la campagne électorale ivoirienne, ce qui a intéressé un magazine prétendument de gauche comme le Nouvel Observateur, ce n’est pas les rapports de classes, les modes de production, les inégalités sociales au sein de la société ivoirienne, ni les programmes des acteurs politiques, mais les secrets d’alcôve de Gbagbo. Si RSF avait fait le monitoring de la presse française, il se serait rendu compte que le Nouvel Observateur suivait en la matière Vincent Hugeux et L’Express le magazine de la droite libérale qui n’a pas manqué d’inspirer sur le même sujet Xavier Monnier de Bakchich. France 24, mais aussi Le Monde y sont également allés de leurs litanies sur le sujet, confirmant le comportement moutonnier de la presse française.

 

Commentaires

Le problème de la presse française et autres RSF, Djignab, c'est leur difficulté d'assumer le fait de s'être planté systématiquement sur la CI depuis dix ans (au bas mot)... Alors ils oscillent entre le "révisionnisme évolutif" (expression de Théo : http://delugio.zeblog.com/56463-Evenements-de-bouake-revisionnisme-evolutif/ ) et la vengeance contre les acteurs de l'histoire, qui les a convaincus d'erreur. Cela dans la meilleure hypothèse, l'autre possibilité étant la question de savoir au service de qui ils sont...

Écrit par : delugio | 16/11/2010

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