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10/11/2010

Une pause pour répondre à Venance Konan

 

L’« intellectuel » du RHDP, Venance Konan est aujourd’hui à la une de tous les journaux de l’opposition. Il y professe les raisons pour ne pas voter Laurent Gbagbo à l’élection présidentielle du 28 novembre prochain. Dans le texte que le Patriote publie, vous noterez avec moi qu’il ne dit pas pourquoi, il faut voter pour l'adversaire de Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara. Il consent seulement à lâcher qu’il « a de solides compétences en économie et est respectable ». La dernière fois que quelqu’un s’est fait élire sur un tel slogan, c’était au Sénégal avec Abdoulaye Wade. Qu’est ce que cela a donné ? Un régime patrimonialo-affairiste et liberticide. Vous voulez des exemples ? Le dernier en date et je cite le magazine dakarois la Gazette dont l’information a été confirmée par les protagonistes « L’Etat par l’entremise du Festival mondial des arts nègres aménage le terrain du chef de l’Etat, situé à Yoff-Virage, pour la bagatelle de cinq milliards Cfa. Un village des festivaliers sera érigé sur ce site privé de trois hectares mis en valeur avec l’argent du contribuable sénégalais et qui sera restitué au propriétaire après l’évènement culturel ». C’est donc dire que l’État du Sénégal va louer pendant 3 semaines à 5 milliards de francs CFA le terrain non aménagé de Wade. Des scandales de ce type, il en a tous les mois au Sénégal. Au mois d’octobre il s’agissait d’un terrain « payé » à plus de vingt fois sa valeur à New York. Le « Foncier Sans Frontières » n’est qu’une des spécialités de Wade Family Co. Que Alassane Ouattara réserve sa première sortie à ce personnage en dit long sur ses ambitions pour les ivoiriens. Qui se ressemblent s’assemblent.

Revenons à l « intellectuel » du RHDP et son texte du jour qui commence par une citation de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) « l’émotion est nègre et la raison hellène » qu’il interprète avec une superficialité surprenante : « Il voulait dire par là que nous, Africains, réagissons beaucoup plus à l’émotion qu’à la raison. » J’ai lu et entendu de nombreuses interprétation de cette phrase de Senghor, mais j’avoue que là je suis sidéré. Je ne l’ai jamais entendu à la médina de Dakar des années 80, dans les bars malfamés, même pas au plus profond de la nuit au moment où la parole s’émancipe de toute rigueur et la réminiscence d’un anti-senghorisme primaire est à l’ordre du jour. Venance Konan se plaint du niveau intellectuel des jeunes générations, de l’absence de débats de haut vol et il donne à lire comme proposition pour la détermination des électeurs un texte qui convoque des classiques de la littérature africaine qu’il n’a manifestement pas lu. Si Venance Konan avait pris la peine de lire Senghor, il aurait compris que ce dont il s’agit n’a aucun rapport avec l’affect mais est du domaine de ce qu’est la connaissance. Quand Senghor fait référence à la « l’émotion nègre » il s’agit d’entendre l’art nègre, ce que le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne désigne comme « théorie d’un connaitre africain que parce qu’elle est théorie d’un créer africain, l’art étant en lui-même connaissance ». Selon Bachir Diagne, Senghor est à rapprocher de Bergson lorsqu’il dit que l’art est la manifestation par excellence du connaitre intuitif. Senghor avec son concept de Négritude vise quand même un objectif politique, celui de rendre à l’Homme africain et au Nègre sa dignité dans la société colonialiste et post esclavagiste. Pour Senghor l’art nègre est modalité d’appréhension et de connaissance du réel au même titre que la raison hellène génitrice de la philosophie et de la science. Il n’est pas si loin en cela de Nietzsche qui dit « … je suis convaincu que l’art est la tâche suprême et l’activité véritablement métaphysique de cette vie ». Pour Senghor obsédé par la civilisation de l’universel, au rendez-vous du donner et du recevoir, la part incommensurable apportée par l’Afrique est son art. Bien sur, on peut procéder à la critique de Senghor en convoquant l’histoire comme le fait Cheikh Anta Diop, pour dire que la raison n’est pas d’origine hellène, mais fille de l’Egypte pharaonique, elle-même témoin du génie créateur nègre. Mais assimiler le propos de Senghor à ce qu’en dit l’« intellectuel » du RHDP, dévoile le projet politique de ceux dont il est le porte-drapeau. Il s’agit de jetée aux orties notre histoire, nos conquêtes démocratiques et sociales au profit des arguments pouvant rendre légitime une classe d’affairistes alliée au grand capital étranger qui a compris que pour mieux nous asservir, il faut nier notre contribution à la l’histoire de l’humanité.

Pour finir avec l’« intellectuel » du RHDP, je parlerai des sénégalais qui étaient présents au titre des partis frères et alliés à la cérémonie d’investiture de Laurent Gbagbo. Je trouve cela important, car c’est bien la preuve de l’ancrage de Laurent Gbagbo au sein des forces de progrès de l’Afrique et du mensonge que profère Venance Konan en parlant d’un isolement de la Cote d’Ivoire. Au titre du Parti Socialiste(PS) sénégalais, nous avions à l’Hôtel Ivoire Ousmane Tanor Dieng qui est également le président du comité Afrique de l’Internationale Socialiste. Le PS, c’est le parti de Léopold Sédar Senghor et de Mamadou Dia. C’est ce parti qui a amené le Sénégal à l’indépendance et a bâti une société africaine d’équité, justice et solidarité que Abdoulaye Wade le mentor de Ouattara s’efforce avec une violence inouïe de détruire. Amath Dansokho représentait le Parti de l’Indépendance et du Travail (PIT) de feu Ousmane Sembène cinéaste et écrivain à l’engagement social sans faille. La Ligue démocratique (LD) était également représentée en la personne de Seydou Sy Sall. Chercher une conquête démocratique, un progrès social au Sénégal qui n’ait pas été initié par ces forces politiques et vous n’en trouverez pas. Les forces politiques sénégalaises amies de Laurent Gbagbo sont le levain des changements qualitatifs au sein de la société sénégalaise. Qui se ressemblent s’assemblent. Et c’est bien la preuve que Laurent Gbagbo est le représentant en terre africaine de Cote d’ivoire, du camp du progrès, de la justice sociale, de l’indépendance, du panafricanisme.

Commentaires

Ta lecture de ce propos de Senghor (qui reste troublant - ayant même été évoqué comme référence à un certain "discours de Dakar") est très stimulante. Il me semble qu'on peut aller même un peu plus loin en envisageant une synthèse avec Cheikh Anta Diop - sachant que la raison qui ne se nourrit pas d'intuition se stérilise : la raison serait alors appelée à renouer en permanence avec sa source émotionnelle. Ainsi l'émotion nègre de Senghor ne vaudrait pas défaut de raison, mais raison plénière, incluant sa source intuitive.
La lecture de V. Konan, en revanche, est consternante, et donne une idée de la profondeur (dans le sens du creux) du RHDP. V. Konan repend tout simplement la pire lecture coloniale qui a été faite de ce propos de Senghor, mais en la caricaturant encore ! Il suffit d’imaginer le tollé si un intellectuel, ou un politique "blanc" avait osé une telle sortie sur les Africains !... On n'est pas loin de Guerlain. Voilà qui en dit long sur le RHDP !

Écrit par : delugio | 11/11/2010

Corcernant V. Konan j'avoue que je suis encore ébahi par son propos. Mais je me suis rappelé que Théo avait écrit quelque chose sur la structure idéologique de sa pensée.
Pour en revenir à Senghor, je pense que là où il explique le mieux son intuition, c'est quand il dit dans Liberté 2 que"l'art est moyen de connaissance". Certaines critiques n'ont pas manqué de rapprocher son propos de la mentalité primitive de Levy-Bruhl d'avant les carnets mais je pense que c'est réducteur et faux. Je suis en accord avec ta synthèse.

Écrit par : Djignab | 11/11/2010

je suis un peu tes écris et enfin je viens de découvrir en vérité qui celui qui se cache derrière la nationalité Sénégalaise est vraiment.

Écrit par : Guy KOUASSI | 02/12/2010

@Guy Kouassi
je n'ai pas compris pas ce que tu veux dire. Peux-tu expliquer?

Écrit par : Djignab | 02/12/2010

Je ne suis pas un intellectuel encore moins un critique littéraire ou politique à tenter de commenter et d'expliquer ce que ces esprits si avancés cherchent à faire de ce débat en cours en Cote d'Ivoire.
Pour ma part je vois que ces intellectuels Sénégalais s'interressent beaucoup à l'avènement de Koudou Gbagbo. Soit, cela va de soi mais de grace Messieurs vous avez beau critiqué Venance Konan de ses prises de position au RHDP versus LMP, sachez qu'il a l'avantage de vivre en CI et de mieux connaitre ce Pays que vous en ce moment. C'est vrai la Cote d'Ivoire n'est pas le Sénégal et c'est pourquoi je crois qu'en restant là-bas à la Médina et critiquer un crtitique politique qui vit mieux des faits que vous un peu osé avouez-le. Les régimes socialistes sont nombreux en Afrique mais chacun vit son règne politique en fonction de plusieurs facteurs que vous n'ignorez pas, des éléments de son environnement parmi lesquels l'histoire politique, la culture, le passé meme du pays et j'en passe. Si le PS sénégalais s'est illustré de fort belle manière en faisant du Sénégal ce qu'il peut etre aujourd'hui, ce n'est pas forcément le meme cas pour les enseignants de nos cieux qui ont abusivement pris le nom du socialisme comme étendard politique pour etre là où ils sont. La suite nous la connaissons mieux nous les Ivoiriens qui vivons ici. GBAGBO et ALLASSANE ne sont d'ailleurs pas à comparer. Chacun a ses forces et faiblaisses mais le peuple de Cote d'Ivoire a donné son pouvoir a ALLASSANE pour le conduire. La suite se passe de commentaire. Je me rend seulement compte que les intellectuels Africains qui se sont toujours présentés en sauveurs du peuple avec des discours nationalistes et chauvins, se sont transformés en boureaux des peuples, en dictateurs parcequ'ayant des conceptions trop rigides des dynamiques démocratiques et méconnaissant souvent les réalités sociales pour lesquelles ils se disent défenseurs.

Écrit par : TAGRO | 19/12/2010

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