topblog Ivoire blogs

05/11/2010

Scénario à la sénégalaise ?

Hier le quotidien des républicains Le patriote faisait un parallèle entre l’élection du 31 octobre dernier et celle qui en 2000, au Sénégal, a abouti au départ d’Abdou Diouf et des socialistes du pouvoir après 40 ans de règne. Hier également, on apprenait le voyage de Ouattara pour Dakar. Il n’en fallait pas plus pour que certains esprits se mettent à chanter que c’est fait et qu’ADO marche dans les pas du Pape du Sopi, le nonagénaire Abdoulaye Wade. Une première équivoque à lever, le voyage d’ADO à Dakar n’est que la première étape d’une tournée à la recherche d’argent pour financer sa campagne électorale. Il a bien raison en cela de choisir comme première destination Dakar car il y a ici un prêteur sur gage.

L’idée d’un scénario à la sénégalaise de l’élection ivoirienne est pour le moins, une vue de l’esprit, car elle tendrait à faire croire qu’au second tour les électeurs suivent aveuglément les mots d’ordre des états majors politiques et reportent leurs voix sur ADO. Au Sénégal, en l’an 2000, s’il ne fallait tenir compte que des consignes de vote les deux blocs au second tour pouvaient gagner, mais au final nous avons eu la victoire d’Abdoulaye Wade avec 58 % des voix contre 42% à Diouf qui n’a pas progressé entre les deux tours. Pour que Wade gagne, Il a fallu la mobilisation et l’implication de Moustapha Niasse, dissident du Parti Socialiste de Diouf, qui avait obtenu 16 % au premier tour dans sa campagne. Moustapha Niasse était de tous les meetings et réunions de Wade laissant l’impression aux sénégalais qu’il s’agissait d’un ticket. Ils ont parcouru ensemble le pays entier et Wade avait fort habilement annoncé qu’en cas de victoire Niasse serait son premier ministre et qu’il y aurait une réforme constitutionnelle pour que les pouvoirs soient un plus partagés entre le parlement, le gouvernement et la présidence. Voila le contexte politique de l’élection de Wade en 2000.

Le voyage de Ouattara à Dakar prouve au moins une chose, l’argent qu’il va y chercher lui semble plus important que la nécessité de fédérer autour de sa personne les ivoiriens. A-t-il exprimé à Bédié sa compassion, alors que depuis plusieurs jours celui-ci prétend qu’on lui a volé des voix ? Il est quand même troublant de poser comme premier acte politique dans la perspective d’un second tour un voyage hors du territoire national. En l’an 2000, Abdoulaye Wade n’a pas posé des actes de cette nature et je ne crois pas qu’aujourd’hui, Bédié apprécie que Alassane Ouattara ne soit pas au seuil de sa demeure lui demandant de bien vouloir l’aider à conquérir la Cote d’ivoire.

Comme le dit si bien Laurent Gbagbo, la politique est un métier. Il a fallu faire preuve d’inventivité en 2000 pour que l’alternance se fasse au Sénégal. En Cote d’ivoire, Ouattara nous a sorti la grosse et vieille recette du vote identitaire qui a quand même pour limites objectives la démographie et le progrès de l’idée de citoyenneté au sein du corps social.

En réalité, parler de scénario à la sénégalaise pour les élections ivoiriennes, c’est manqué d’imagination.

Les commentaires sont fermés.