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09/12/2008

Mugabe, l’UE et l’épidémie de choléra

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De mémoire de passionné de relations internationales, c’est pour la première fois que j’entends des chefs d’états et autres responsables réclamer la démission d’un des leurs du fait d une épidémie. Ce jour, emboitant le pas au Premier ministre Britannique, Gordon Brown, Nicolas Sarkozy, le Président français a sommé Robert Mugabe, affublé au passage du qualificatif de dictateur, de quitter le pouvoir. Hier c’était Javier Solana qui disait la même chose. La semaine dernière, Koffi Annan décrétait que Mugabe était incapable de juguler la crise humanitaire qui secoue son pays. Condie Rice mais également, l’inénarrable Raϊla Odinga y sont allés, également, de leurs grains de sel. Le second nommé, fidèle à son style fait d’outrances et de légèretés, a même déclaré : « Si le Président du Zimbabwe ne se montre pas coopératif, alors les troupes internationales doivent le déloger du Pouvoir ».
Que se passe t-il au Zimbabwe ? Il y sévit une épidémie de choléra qui a débuté au mois d’août 2008. Le 2 décembre 2008, l’Organisation Mondiale de la santé(OMS)- bien après les agences de presse- a publié un communiqué qui dit en substance : « Au 1er décembre 2008 le Ministère de la Santé du Zimbabwe avait notifié au total 11 735 cas de choléra, dont 484 mortels, depuis août 2008, affectant toutes les provinces du pays. Le taux moyen de létalité est de 4 % mais il a atteint 20 à 30 % dans certaines zones isolées. » L’OMS est l’organisme chargé de la veille sanitaire dans le monde. Elle fait autorité quand il s’agit d’apprécier les flambées épidémiques.
Le choléra est une maladie contagieuse qui se transmet principalement par l’eau et les aliments souillés et il est étroitement lié aux conditions de vie précaires des populations. C’est une infection intestinale aiguë qui commence par une diarrhée non douloureuse, des nausées et des vomissements. La plupart des sujets atteints ont une diarrhée très bénigne ou une infection asymptomatique. Les personnes sous-alimentées en particulier ont des symptômes plus graves. Les cas graves de choléra se présentent avec une diarrhée et des vomissements abondants. Le choléra grave, non traité, peut provoquer une déshydratation rapide et entraîner la mort. En l'absence de traitement, 50% des personnes atteintes de choléra grave décéderont, mais un traitement rapide et approprié réduit ce pourcentage à moins de 1% des cas. Selon les recommandations de l’OMS, améliorer l’approvisionnement en eau et l’assainissement constitue l’approche qui permet le mieux de lutter durablement contre le choléra et les autres maladies diarrhéiques épidémiques à support hydrique.
Des épidémies de choléra, l’Afrique en a connu ces dernières années plusieurs. En 2006 c’était l'Angola. Du 19 février au 8 mai , il a été notifié à l’OMS un total de 30.612 cas de choléra, dont 1.156 mortels. Le taux de létalité du choléra a été de 4 %.
Le Sénégal a connu une épidémie de choléra il y a quatre ans. De janvier 2005 à août 2005 cette épidémie a entraîné un total de 21 601 cas recensés par les autorités sénégalaises dont 272 morts (létalité = 1,26 %). En 2006, alors que l’épidémie de choléra continuait à sévir au Sénégal , le président Sarkozy, à l’époque ministre de l’intérieur de Jacques Chirac s’était rendu à Dakar pour y signer avec son homologue sénégalais un « accord sur la gestion des flux migratoires »
Le Zimbabwe connaît une épidémie en relation avec le niveau de développement de notre continent. Cette épidémie présente un taux de létalité qui interroge sur le système de santé du pays mais également les sanctions dont il est victime. La « fuite des cerveaux » ou pour faire plus conforme à la réalité, l’émigration des cadres de santé vers les pays occidentaux dont sont victimes tous les pays africains doit être intégrée comme catégorie d'analyse de ce problême sanitaire. Enfin, ce pays à l’instars de nombreux pas africains, fait face , à une épidémie de sida qui touche 1300000 personnes et a fait 140000 morts en 2007 selon l’Onusida.
Que l’épidémie de choléra en cours serve de prétexte à une levée de bouclier contre Mugabe ne me surprend pas. Qu’elle soit l’occasion de torpiller l’accord difficilement négocié par Thabo Mbeki et signé 15 septembre 2008 entre Mugabe et ses opposants, me conforte dans l’idée que je me fais. Les zimbabweens ne comptent point pour ces bonnes âmes !!!

Commentaires

J'ai écouté le discours de Nicolas Sarkozy et j'ai ri pour éviter de pleurer. C'est à se demander s'ils ne sont pas contents de ce qui arrivent aux populations du Zimbabwe, rien que pour avoir une occasion de pourfendre Mugabe. Et que font-ils? L'UE durcit ses sanctions, histoire de mettre les zimbabwéens dans des conditions de vie encore plus lamentables.
Ce que je trouve drôle dans l'histoire, c'est l'activisme d'Odinga et de Kofi Annan. Il ose parler, lui Odinga, qui a envoyer des centaines de kenyans à la mort pour un poste de 1er ministre!!! Quant à Annan, je me rappelle une expression qu'un de mes profs m'a sorti un jour qu'il critiquait l'ex SG de l'ONU: "Excité et zélé comme kofi annan devant un Blanc".

Écrit par : Brym | 09/12/2008

Ne le dit t-on pas,

Quant on veut noyer son chien, on l'accuse de rage.
C'est le cas ici

Écrit par : hilaire kouakou | 10/12/2008

Le problème avec mugabé c'est qu'il est au pouvoir depuis une éternité! Pour moi, c'est la définition la plus simple du mot dictateur! On ne me dira pas que c'est le seul Zimbabwéen capable de gouverner le zimbabwé.

Moi, mugabé me fait penser au pdci du "bon vieux temps": assis sur leur légitimité de lutte contre le colon, ils ont mis en place une oligarchie chapeautée par un chef président à vie qui visiblement ne mène pas son pays sur les sentiers du développement!

Au début, on nous disait que les anglais étant contre lui, ils noircissait le tableau économique de ce pays, mais ces morts du choléra, tous les epidémiologistes vous le diront, révèlent soit d'un système sanitaire qui s'effondre soit qui est à l'état embryonnaire.

A part se servir de ce vieillard pour conduire une lutte anti impérialiste au détriment du peuple du zimbabwé, je ne vois pas objectivement qu'est ce qui peut justifier sa pérennité au pouvoir, sinon pourquoi on décrie à longueur de journée les bongo et compagnie?

Écrit par : marianne | 10/12/2008

Marianne
merci poutr on passage et ton commentaire. Le régime de Mugabe est criticable et doit être critiqué.
Ce que je veux souligner c'est l'hypocrisie des puissances et leur tentative de torpiller l'accord du 15 septembre 2008.

Écrit par : Djignab | 11/12/2008

@ Marianne

Le problème ici n'est pas de savoir s'il y'a un lien entre le maintien et la durée au pouvoir de "Bob" Mugabé et l'épidémie actuelle de choléra qui frappe ce pays. Car je pourrai alors très bien te démontrer comment les sanctions de Londres suite à la question agraire et le PAS du FMI ont réduit ce pays et ses infrastructures en lambeaux et limité son expansion économique, alors qu'il était présenté comme le "grenier" de l'Afrique australe et avait un des systèmes d'éducation et de programme social le plus progressiste de tout le continent.

Si on pouvait m'épargner l'argument simpliste de la grande expertise des fermiers blancs et tout le flot de nostalgie à ramener Cecil Rhodes au pouvoir le débat serait de meilleur facture.

Djignab montre bien que cette épidémie n'est pas une spécificité du Zimbabwe de Mugabe, mais une question d'hygiène et de santé publique à mettre en relation avec l'état de développement - je devrais plutôt dire de délabrement de nos structures de santés publiques - d'une partie du contient.
Et que son utilisation et instrumentalisation à des fins politiques signifie le peu de cas porté à la vie humaine. Une sorte de chantage insidieux, débarrassez-vous de "Bob" et on viendra à votre secours.
De telles recommandations formulées en cette période, et depuis la tribune, du 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme, éclaire et renseigne un peu plus sur la nature de ceux qui prônent et claironnent les grands principes universels et l'utilisation qu'ils en font par ailleurs. Où est l'urgence ? Se débarrasser de Bob ? Ou éradiquer cette crise sanitaire ?

Donc Djignab a fortement raison de dire qu'il est malaisé de mettre en rapport la crise sanitaire et l'impasse politique entre le ZANU-PF de Mugabe et le MDC de Tsvangirai.

Écrit par : hermeister | 11/12/2008

Vous voulez enlever Mugabe trouve au moins faite l’effort de trouve des excuse respectables.
Je rends un petit témoignera : J’ai eu a rencontre une zimbabwéenne supportant l’opposition qui me dis comme ca et je cite : « tu sais Oli, chez nous c’est 50 /50 Mugabe a autant de supporter que nous ou plus et c’est ce que les Anglais font qui fais que les gens le supporte »

Que les occidentaux ce calme, Mugabe n’est que victime d’avoir redistribuiez de manière équitable des terres a tous son peuple.

Olivier N’da
http://dolindacafe.blogspot.com/

Écrit par : Olivier N'da | 11/12/2008

Une chose et sûre : les pays européens sont de grands manipulateurs. Et j'adhère à l'esprit de ce billet. Que Mugabé ne plaisent pas à ses compatriotes, c'est à eux de le dire. Qu'il triche pour rester au pouvoir. C'est certainemnt vrai. Mais que les autres chefs d'etat lui demandent de qutter le pouvoir parce qu'il est incapable de faire face à la crise sanitaire qui sévit dans son pays, cela est inacceptable.
L'Europe sait trouver les fond nécessaires pour courir au secours de qui elle veut. Le Tsunami en Asie a entraîné une vague de solidarité financière incroyable pour permettre aux entreprises européennes basées dans cette zone de retrouver rapidement leur splendeur. Ce n'est pas de l'eau potable et des instruments pour éviter les contaminations que l'Europe est incapable de trouver pour venir au secours des Zimbabwéens. Qu'ils agissent pour aider le peuple. Après ils pourront exiger quelque chose de Mugabé. Ce sera au moins juste

Écrit par : St-Ralph | 11/12/2008

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