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31/10/2008

Opération Turquoise version Kouchner

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C’est une dépêche de l’AFP qui nous l’apprend, la France cherche à convaincre ses partenaires de l’UE de la nécessité de l'envoi d'une force européenne à vocation humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
http://www.izf.net/upload/AFP/francais/special/afrique/AF...
http://www.izf.net/upload/AFP/francais/special/afrique/AF...

Le prétexte à cette volonté de déploiement serait « le désastre humanitaire qui menace la RDC ». Depuis quelques jours le Général dissident Laurent Nkunda mène une offensive militaire victorieuse en direction de la ville de Goma. Devant l’avancée des forces du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda et les quelques combats qui l’émaille, des milliers de personnes se sont déplacées en direction du Sud-Kivu. Les civils qui fuient les combats ne sont pas seuls puisqu’ils ont pour lièvres les soldats des forces gouvernementales congolaises. Ces militaires qui n’ont contents d’être à l’avant des fuyards n’oublient pas de s’adonner à leur jeu favori : voler et piller. En RDC, de Mobutu à Kabila fils l’armée n’a pour unique mission que de profiter des moments de crises pour voler les populations qu’elle est sensée protéger. Rien n’y fait, les milliards de dollars investis comme l’appui des experts onusien et occidentaux, l’encadrement de la Monuc ou de l’Eufor. C’est une armée qui n’a pour mission que de protéger le chef des tentatives de protestation de son peuple. Des exemples répressions sauvages comme celle de la marche pacifique des églises chrétiennes du 16 février 1992 jalonnent l’histoire du pays. Entre deux opérations de répression, l’armée parade, vole les congolais et pillent les ressources pays. Une anecdote de feu Savimbi pour illustrer cet état de fait. En 1996, Mobutu aux abois devant l’avancée des forces de l’AFDL, sollicite son obligé Savimbi pour une aide militaire. Il lui envoie selon les critères de l’armée zaïroise ses meilleurs officiers afin de préparer un plan de contre-offensive. Nos braves officiers ne savaient pas lire et se repérer sur une carte d’état-major, se foutaient de participer à l’élaboration d’un plan de contre-offensive, mais tenaient à avoir en « cadeau » de fin de mission des pierres précieuses. Avoir une telle armée relève du choix politique !!!!
L’offensive de Général Nkunda est une défaite cuisante pour la Monuc et ce que l’on appelle la communauté internationale. Elle démontre encore une fois la duplicité et l’hypocrisie des puissances. Il n’a jamais été question dans le « processus de paix » encadrer par l’ONU, d’aider à la construction d’un état juste et fort au Congo. Tout a consisté à créer les conditions de légitimation du nouveau Mobutu à savoir Kabila fils. Tout y est passé, du tripatouillage des urnes jusqu’à la mascarade de justice internationale qui a envoyé son opposant Jean-Pierre Bemba en prison à La Haye. Joseph Kabila, s’inscrivant dans la lignée de Mobutu est le garant de l’ordre colonial que Patrice Lumumba a tenté de remettre en cause.
La proposition française nous renseigne sur l’état d’esprit qui prévaut dans certaines officines étatiques. Il y a une volonté de ne pas tourner la page du génocide des tutsis et d’entretenir des relations apaisées avec le Rwanda. Certains rêvent encore de prendre une revanche sur le pouvoir en place à Kigali après la rouste qu’ils ont reçu entre 1990 et 1994. Il faut savoir que tout ce qui se passe dans le Nord-Kivu a un lien direct avec la sécurité intérieure du Rwanda. Au nez et la barbe de l’ « état » congolais et l’ONU, en dépit des conventions internationales sur les réfugiées, les forces génocidaires rwandaises tiennent en coupe réglée de large territoire du Nord-Kivu où ils exploitent illégalement les ressources naturelles, volent les paysans, restent armées et rêvent d’aller exterminer les tutsis de l’autre coté de la frontière. Le stratège et maitre tacticien Paul Kagamé ne laissera jamais une telle force, légitimement suspecte, à jet de pierre de chez lui.
Le prétexte humanitaire avait été trouvé pour sauver le reste des forces génocidaires en 1994.C’était l’Opération Turquoise. Qu’on veuille nous la revendre, tout juste agrémentée du drapeau européen en dit long sur la nécessité de renouveler certains cadres. Que Bernard Kouchner se prête à cela me laisse songeur !

27/10/2008

Retour sur une mise en accusation

Premier post d'un article divisé en cinq parties
mbeki1.jpg

Il y a un plus d’un mois, Thabo Mbeki était contraint à la démission de son poste de président de la république sud africaine par ses camarades du Comité exécutif national (NEC) du Congrès National africain (ANC). A cette occasion de nombreux observateurs et autres commentateurs de l’actualité sont revenus sur ses positions sur le sida pour en dire le plus souvent le grand mal et parfois en dresser des caricatures outrancières. Dans le réquisitoire qu’on entendait , il revenait que Thabo Mbeki est le fossoyeur de l’Afrique du Sud et qu’il aurait, du fait de sa politique sanitaire, mené à la mort des milliers voire des millions de sud africains. A lire ou entendre certains commentaires on pourrait se demander pourquoi ne pas traduire Thabo Mbeki devant un tribunal ad hoc pour crime contre l’humanité. Les critiques auxquelles Thabo Mbeki a eu à faire face de la part de certains de ses pourfendeurs étaient sans commune mesure avec ce qu’ils ont pu dire sur le régime d’apartheid.
La pensée de Thabo Mbeki sur la riposte à apporter au sida se trouve dans deux documents que les commentateurs pressés et sentencieux ne prennent jamais la peine de lire . Le premier document est sa lettre adressée le 3 avril 2000 aux « grands de ce monde » (world leaders). Dans cette lettre , il développait son analyse personnelle de l’évolution du sida en Afrique, contestant l’évidence des modèles étiologiques et épidémiologiques généralement admis.
http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/720448.stm
http://tmh.floonet.net/articles/mbeki.shtml
Cette lettre sensée être confidentielle a été fuitée dans la presse par l’administration Bill Clinton pour les intérêts que l’on sait aujourd’hui. Bill Clinton qui a quitté le pouvoir en janvier 2001 avec une situation financière délicate (du fait de ses nombreux frais d’avocats dans l’affaire Monica Legwinski) a déclaré au fisc plus de 100 millions de dollars us de revenus il ya deux ans. L’essentiel de ces revenus provenaient de son activité dans la lutte contre le vih/sida.
Quelques mois après la publication de cette lettre, à l’occasion la Conférence mondiale de Durban sur le vih/sida, Thabo Mbeki dans son discours d’ouverture donnait son analyse personnelle sur le vih/sida .
http://www.virusmyth.com/aids/news/durbspmbeki.htm
Dans ce discours, Thabo Mbeki demande un changement de paradigme dans l’appréciation de l’épidémie de vih/sida en Afrique du Sud. Pour lui ,au lieu de se focaliser sur la lutte contre un virus et penser que tous les moyens qui sont sensés le combattre sont pertinents , il faut changer de perspectives et intégrer la dimension socioéconomique dans l’appréciation de l’épidémie. Pour Thabo Mbeki seule l’extrême pauvreté dans laquelle vit la majorité des Sud-Africains peut rendre compte de leur extrême susceptibilité aux infections. Partant de ce constat , les politiques sanitaires doivent mettre l’accent sur les déterminants de la santé et non se focaliser sur l’accès à des médicaments potentiellement toxiques et dont l’efficacité reste à prouver .
L’objectif de Mbeki était de faire du sida un enjeu politique en soulignant les conditions de pauvreté et de misère des populations comme principale cause de la propagation de l’épidémie. Même si parfois il semble épouser le point de vu des scientifiques dissidents (ceux qui contestent que le vih soit pas la cause du sida), le socle de sa théorie n’est pas du registre biomédical.
La ligne politique de Thabo Mbeki sur la question du sida n’a pas triomphée. Aujourd’hui la lutte contre le sida se résume à la « prévention » et « l’accès aux antirétroviraux ».
A suivre
Prochain post : La question du sida dans l’Afrique du sud de l’immédiat post apartheid

24/10/2008

Petits meurtres entre amis

guy andré kieffer.jpg
C’est l’Agence France Presse (AFP) qui nous l’apprend, le Juge Ramaël aurait convoqué Madame Simone Gbagbo l'épouse du président ivoirien à Paris hier jeudi 23 octobre 2008, dans le cadre de l’enquête sur la disparition de Guy-André Kieffer. La dépêche nous apprend que Madame Gbagbo ne s’est pas rendue à cette convocation mais ne nous dit pas si le juge français l’a convoqué en respectant les conditions qu’imposent la convention d’entraide judiciaire entre la Cote d’ivoire et la France.

On notera que cette fois RFI n’a pas osé relayer en exclusivité cette information. Sur le site internet de la « radio mondiale », ce jour à 15 heures TU, on ne trouve nulle trace de cette information. Pour Rappel, la « convocation » du 10 juillet 2008 avait été annoncée en boucle sur l’antenne de Rfi et sur le site internet de Rfi dès le 8 juillet 2008 à 4heures 33 TU. Qui peut le plus, peut le moins !!!Oui Me Ange Dadjé !!!
Mais pour moi l’évènement en ce qui concerne l’affaire de la disparition de GAK est bien ce que j’ai lu cette semaine :

« Ancien journaliste au quotidien La Tribune, spécialiste des matières premières, Guy-André Kieffer s'était mis en disponibilité de son journal en 2002 pour participer, en Côte-d'Ivoire, à un audit de la filière café-cacao. Il avait rejoint une équipe de consultants dirigées par Stéphane de Vaucelles, un ancien de HSBC, au sein du cabinet Commodities Corporate Consulting (CCC). Un premier contrat d'environ 3,3 millions d'euros avait été avalisé à la mi-janvier 2002 par le Premier ministre ivoirien de l'époque, Pascal Affi Nguessan, et un acompte de 330 000 euros avait été débloqué. Mais, très vite, CCC s'est trouvé sous le feu croisé d'une guerre de tranchées entre dignitaires du régime. Le contrat de CCC a notamment été remis en question par le ministre de l'Economie et des Finances, Paul-Antoine Bohoun Bouabré. …
Guy-André Kieffer, surnommé « GAK », décide alors de rester à Abidjan mais en reprenant son Métier de journaliste, en indépendant... un peu seul. La plupart des journalistes étrangers étaient en effet partis après l'assassinat, le 21 octobre 2003, de Jean Hélène, le correspondant de Radio France Internationale (RFI). Imprécateur, fouineur, mais pas toujours respectueux des règles de sa profession, Guy-André Kieffer s'est vite mis à dos la plupart des dignitaires du régime et, en particulier, les proches du ministre de l'Economie et des Finances. Le 16 avril 2004, attiré dans un traquenard par Michel Legré, le beau-frère de la première dame du pays, Simone Gbagbo, « GAK » a été enlevé. Depuis, il a disparu. »
Qui a écrit cela ? César Etou ou Théophile Kouamouo ? Jean-Baptiste Akrou ou Pierre Lemauvais ? Non ce c’est aucun de ces éditorialistes proches de la résistance nationale ivoirienne. Ils ont trop de dignité pour flinguer de la sorte quelqu’un qui a disparu !!!
Je viens de citer des passages du dernier livre d’Antoine Glaser et Stephen Smith publié chez Plon et qui a pour titre « Sarko en Afrique ». Le premier est le patron d’un journal confidentiel dénommé La lettre du continent, tandis que le second est un ancien de RFI, du Monde et de Libération. Stephen Smith est celui là même qui pourfendait le Front Patriotique Rwandais (FPR), traitait Paul Kagamé et ses camarades de Khmers noirs et a écrit en 2003 un pamphlet raciste « Négrologie » primé par France Télévision . Celui-là même qui a participé à inventer un pseudo génocide des hutus dans l’est du Congo démocratique en 1996-1997.
Pour revenir à GAK, je suis abasourdi quand Antoine Glaser dit de lui qu’il était « un journaliste indépendant… un peu seul ». A ce que je sache, on nous a toujours dit qu’il était collaborateur de La lettre du continent. Doit-on mettre en doute cette information?
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