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27/10/2008

Retour sur une mise en accusation

Premier post d'un article divisé en cinq parties
mbeki1.jpg

Il y a un plus d’un mois, Thabo Mbeki était contraint à la démission de son poste de président de la république sud africaine par ses camarades du Comité exécutif national (NEC) du Congrès National africain (ANC). A cette occasion de nombreux observateurs et autres commentateurs de l’actualité sont revenus sur ses positions sur le sida pour en dire le plus souvent le grand mal et parfois en dresser des caricatures outrancières. Dans le réquisitoire qu’on entendait , il revenait que Thabo Mbeki est le fossoyeur de l’Afrique du Sud et qu’il aurait, du fait de sa politique sanitaire, mené à la mort des milliers voire des millions de sud africains. A lire ou entendre certains commentaires on pourrait se demander pourquoi ne pas traduire Thabo Mbeki devant un tribunal ad hoc pour crime contre l’humanité. Les critiques auxquelles Thabo Mbeki a eu à faire face de la part de certains de ses pourfendeurs étaient sans commune mesure avec ce qu’ils ont pu dire sur le régime d’apartheid.
La pensée de Thabo Mbeki sur la riposte à apporter au sida se trouve dans deux documents que les commentateurs pressés et sentencieux ne prennent jamais la peine de lire . Le premier document est sa lettre adressée le 3 avril 2000 aux « grands de ce monde » (world leaders). Dans cette lettre , il développait son analyse personnelle de l’évolution du sida en Afrique, contestant l’évidence des modèles étiologiques et épidémiologiques généralement admis.
http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/720448.stm
http://tmh.floonet.net/articles/mbeki.shtml
Cette lettre sensée être confidentielle a été fuitée dans la presse par l’administration Bill Clinton pour les intérêts que l’on sait aujourd’hui. Bill Clinton qui a quitté le pouvoir en janvier 2001 avec une situation financière délicate (du fait de ses nombreux frais d’avocats dans l’affaire Monica Legwinski) a déclaré au fisc plus de 100 millions de dollars us de revenus il ya deux ans. L’essentiel de ces revenus provenaient de son activité dans la lutte contre le vih/sida.
Quelques mois après la publication de cette lettre, à l’occasion la Conférence mondiale de Durban sur le vih/sida, Thabo Mbeki dans son discours d’ouverture donnait son analyse personnelle sur le vih/sida .
http://www.virusmyth.com/aids/news/durbspmbeki.htm
Dans ce discours, Thabo Mbeki demande un changement de paradigme dans l’appréciation de l’épidémie de vih/sida en Afrique du Sud. Pour lui ,au lieu de se focaliser sur la lutte contre un virus et penser que tous les moyens qui sont sensés le combattre sont pertinents , il faut changer de perspectives et intégrer la dimension socioéconomique dans l’appréciation de l’épidémie. Pour Thabo Mbeki seule l’extrême pauvreté dans laquelle vit la majorité des Sud-Africains peut rendre compte de leur extrême susceptibilité aux infections. Partant de ce constat , les politiques sanitaires doivent mettre l’accent sur les déterminants de la santé et non se focaliser sur l’accès à des médicaments potentiellement toxiques et dont l’efficacité reste à prouver .
L’objectif de Mbeki était de faire du sida un enjeu politique en soulignant les conditions de pauvreté et de misère des populations comme principale cause de la propagation de l’épidémie. Même si parfois il semble épouser le point de vu des scientifiques dissidents (ceux qui contestent que le vih soit pas la cause du sida), le socle de sa théorie n’est pas du registre biomédical.
La ligne politique de Thabo Mbeki sur la question du sida n’a pas triomphée. Aujourd’hui la lutte contre le sida se résume à la « prévention » et « l’accès aux antirétroviraux ».
A suivre
Prochain post : La question du sida dans l’Afrique du sud de l’immédiat post apartheid

Commentaires

Mbeki est intelligent, il n'a aucun complexe d'infériorité vis à vis des Blancs. En outre, il a défendu des positions qui vont à l'encontre des intérêts economiques de certains pays. Et ça dérangeait beaucoup de monde. Concernant le Sida, on table sur les préservatifs et les antiretroviraux. Evidemment cela represente des millions pour les compagnies qui les produisent. Cependant, on ne nous dit jamais que les antiretroviraux sont extremement toxiques et tuent quelques fois les patients qui ne les supportent pas. Le dire c'est aller contre de puissants consortium. Et cela a contribué à la chute de Mbeki!

Écrit par : BRYM | 28/10/2008

Certaines vérités sont les malvenues et c'est peut être le cas avec m'beki.j'en sais peut être pas trop là dessus mais en tout cas je découvre ton blog que je trouve enrichissant.j'y reviendrai car l'actualité en chronique me passionne également.

Écrit par : mohamed billy | 29/10/2008

Merci à BRYM et mohamed billy

Écrit par : Djignab | 30/10/2008

Les antiretroviraux ne sont pas à 100 % soit, il n'empêche qu'ils ont changé le quotidien de millions de victimes du VIH.
Sauf erreur de ma part, je retiens surtout que c'est sous l'administration de M'Beki que ceux ci ont été, à juste titre, généralisés en Afrique du Sud via les médicaments génériques...et ce au nez et à la barbe des grands groupes pharmaceutiques.

Écrit par : Djé | 31/10/2008

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