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24/06/2008

Morgan Tsvangirai

d37bba0a8c65d1a9646dd88c909bdaa0.jpgDe mémoire, je ne vois pas de processus électoraux africains aussi commentés et surveillés que celui en cours au Zimbabwe.Pas plus tard qu’hier le Conseil de Sécurité des Nations Unies, dans une déclaration non contraignante a estimé à l'unanimité de ses quinze membres, qu'il était "impossible " d'organiser des élections libres et équitables au Zimbabwe du fait des violences et des restrictions imposées à l'opposition. Il est bon de rappeler que le même Conseil de Sécurité avait salué les élections de 2005 en Irak (marquées par un climat de violences extrêmes où chaque jour des centaines de personnes perdaient la vie) comme une avancée importante du processus démocratique. De Bernard Kouchner (sniper spécialiste des ambulances) à Condoleeza Rice en passant Jean Ping et Abdoulaye Wade chacun y va de son commentaire. Le plus souvent pour pourfendre le « vieux dictateur » Robert Mugabe. Il y a une volonté manifeste de présenter la situation au Zimbabwe de manière manichéenne avec d’un côté le diable Mugabe et de l’autre les colombes de l’opposition. Qu’importe que la justice du Zimbabwe (qui est plus indépendante qu’au Sénégal) ait inculpé Tendai Biti, secrétaire général du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) pour « subversion », « complot », que des militants de ZANU-PF soient également victimes de violence. Depuis le dimanche 22 juin 2008, Morgan Tsvangirai s’est réfugié à l’ambassade des Pays-Bas à Harare. Ce même jour, il avait annoncé qu'il renonçait à participer au second tour de l'élection présidentielle, prévue vendredi face au chef de l'État Robert Mugabe, expliquant ne pas pouvoir "demander aux électeurs de risquer leur vie" dans un contexte d'"orgie de violences". Aujourd’hui il a déclaré dans une interview à la radio néerlandaise Radio 1 qu’il envisageait de quitter "probablement aujourd'hui ou demain" l'ambassade des Pays-Bas à Harare parce qu’il a « confiance en le fait que (...) la menace n'est plus d'actualité" et pour finir il se félicitait de la déclaration de l’ONU "Je crois que c'est une résolution très importante". Il est évident que Morgan Tsvangirai est dans une stratégie politique où il compte beaucoup sur l’extérieur pour arriver à ses fins. Ce qui l’amène parfois à prendre ses désirs pour la réalité. Un peu de concentration lui aurait permis de se rendre compte que le Conseil de Sécurité a adopté une déclaration non contraignante et non une résolution. Personnellement, je ne suis pas surpris de l’échec de Morgan Tsvangirai à transformer en victoire politique l’avance prise à l’issue du premier tour. Il a trop compté sur les puissances étrangères et s’est montré piètre politicien. Sa longue absence du pays après le scrutin lui a aliéné une frange de l’élite qui a vu en ce comportement une menace directe. L’impression qu’il a laissé est celle de quelqu'un sur de son fait qui ne veut pas négocier un nouveau contrat national. A choisir entre un "jeune" peu enclin à la négociation et un "vieux dictateur" les élites ce sont rapidement rapidement décidées. S’il était resté à Harare Morgan Tsvangirai aurait pu se rendre compte que, comme tout parti politique, la ZANU-PF n’est pas si unie que cela derrière le chef charismatique. Il aurait également remarqué grâce aux discussions avec les visiteurs du soir, qu’il y a au sein de l’appareil étatique des cadres qui ne sont pas prêts à suivre aveuglément Robert Mugabe. Morgan Tsvangirai se retire de la course à l’élection présidentielle parce qu’il sait qu’il va perdre quelques soient les conditions du scrutin. L’argument du climat de violence n’est qu’un prétexte, ce qui lui reste comme marge de manoeuvre ce sont des discussions qui lui permettront de gagner une partie de ce qu’il a laissé échappé par une stratégie hasardeuse. Ces discussions au termes desquelles, Morgan Tsvangirai jouera un rôle de premier plan dans l’exécutif du Zimbabwe permettront à tous de sauver la face. La « communauté internationale » pourra dire que sa campagne hystérique contre Mugabe aura servit à lui faire partager le pouvoir, Mugabe lui-même sortira de l’impasse politique dans laquelle il a contribué à se mettre.

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