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10/06/2008

Assises Nationales Du Sénégal : la critique d’un membre du parti au pouvoir

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Taisez-vous ! Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires

Par Me Mbaye-Jacques Diop Membre fondateur du Mouvement des jeunes du Bloc démocratique sénégalais Membre du Comité directeur du Parti démocratique sénégalais

Dans un entretien paru dans l'organe le Quotidien, en date du 05 juin 2008, le Secrétaire général du Parti socialiste s'est longuement expliqué sur la raison d'être, les conditions d'organisation, les objectifs visés, etc., et de ce qu'il est convenu d'appeler les Assises ‘Nationales’. Chacun peut avoir son appréciation de l'événement et son idée sur l'opportunité et la pertinence d'une telle initiative. Les Sénégalais sont tout de même assez lucides, pour distinguer le bien-fondé d'actes supposés être posés pour leur garantir un devenir de Paix et de Prospérité, des gesticulations stériles qui relèvent de chimères politiciennes et de la démagogie.
En notre qualité d'acteur et de témoin de la longue histoire politique de notre pays, nous pensons pouvoir restituer certaines vérités historiques pour mettre en garde contre un ‘hold-up’ d'un patrimoine qui est un bien commun et que nul n'a le droit de travestir pour justifier l'injustifiable. Les initiateurs de ces Assises dites ‘Nationales’ ont cru devoir utiliser la caution morale d'une éminente personnalité dont le nom se confond avec les péripéties du tumultueux cheminement du Sénégal, aujourd'hui indépendant. Nous voulons parler de notre compatriote Amadou Moctar Mbow, - mon oncle par alliance - dont l'action et le parcours sur les plans national et international, ont fait notre fierté.
Seulement, il faut que les Sénégalais qui n'étaient pas nés ou sont trop jeunes pour se rappeler les glorieux moments qui ont rythmé, tout au long de la seconde moitié du 20e siècle, les jours et mois de combats épiques pour se débarrasser du joug colonial, sachent que l'histoire a été une œuvre commune, faite de pages écrites par des acteurs multidimensionnels, patriotes sincères et animés d'une même foi. Il ne saurait, donc, être question, d'extirper du gotha des ‘combattants historiques’, une seule figure pour l'instrumentaliser avec un cynisme intellectuel qui n'aurait d'égal que le travestissement éhonté des faits et gestes qui ont accouché de l'Histoire.
Par delà notre propre personne, d'éminents acteurs de ce passé glorieux sont encore là, bien vivants, Dieu merci, comme Assane Seck, Abdoulaye Ly et tant d'autres, non moins éminents. Le cas de Abdoulaye Ly est particulièrement symbolique, car il a été notre chef de file, nous tous, acteurs de l'époque, des luttes pour l'indépendance de notre pays ; rédacteur du fameux manifeste du Pra-Sénégal que nous avons signé, ensemble, le 20 septembre 1958, à Rufisque, notre ville natale. Pourquoi les initiateurs des Assises dites ‘Nationales’ ne se sont-ils pas intéressés à Abdoulaye Ly ?
Quoi qu'il en soit, tous les acteurs de ce pan de l'histoire de notre pays - 1956-1970 - peuvent témoigner de la prééminence de Abdoulaye Ly. Nous invoquons son nom pour illustrer et démontrer le ‘danger’ qu'il y a à vouloir utiliser certaines personnes pour tenter de réécrire l'histoire à seule fin de mener des combats douteux, en exploitant sans vergogne les difficultés planétaires que connaît notre pays.
Que cherche t-on, en réalité, en initiant ces fameuses Assises que la probité intellectuelle ne permet pas de qualifier de ‘Nationales’ ? Le Secrétaire général du Ps nous parait s'être fourvoyé, dans ses explications, en voulant concilier ce qui n'est pas conciliable. Notre ancien camarade de parti déclare que lui et ses partenaires ne mettent pas en cause la qualité de président de la République de Abdoulaye Wade. Il convoque, à l'appui de cette pétition de principe, la caution juridique du Conseil constitutionnel et déclare, en citoyen responsable, reconnaître ‘de facto’ la qualité de Abdoulaye Wade, conférée par le suffrage universel. Nous ne pouvons dire que bravo !
Mais, immédiatement après, le secrétaire général du Ps proclame que Abdoulaye Wade ne ‘peut pas les obliger à reconnaître sa légitimité’ ( ? !). ‘On est où là ?’ Seul, ce titre d'une célèbre émission d'une radio étrangère bien connue, sied comme réponse. Admettre, en effet, avoir accepté le verdict du juge des élections, verdict qui consacre, donc confère la légitimité d'une autorité élue, et, dans le même temps, affirmer refuser la légitimité de cette autorité, c'est tout simplement Kafkaïen !
Dans un tel contexte, convoquer une conférence nationale, pardon ! Des Assises ‘Nationales’ c'est la fuite en avant. ‘Quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites’, disait Georges Pompidou, Agrégé de lettres et normalien. Au Sénégal, nous croyons que c'est l'initiative de trop. Le drame, c'est que les acteurs de la tragi-comédie ne se rendent pas compte qu'ils marchent à reculons. Nous ne sommes plus à l'époque de l'Afrique ‘mitterrandienne’ de la Baule. Les conférences nationales ont vécu ! Du reste, notre pays n'a jamais été concerné par ces séances de pseudo-drame. Heureusement.
Que, donc, en 2008, des politiciens, qu'aveuglent ‘la hargne, le doute et le dénigrement’, croient devoir entreprendre, une œuvre qui pourrait conduire à un désastre national, si on n'y prend garde, en ce qu'ils n'ont pas hésité à embrigader un ‘quarteron de généraux à la retraite’ - selon la célèbre formule du Général De Gaulle - touchant ainsi au principe sacro-saint de l'apolitisme de notre Armée nationale, il y a là de quoi s'inquiéter. Tous les citoyens de ce pays doivent donc se sentir interpellés. Mais n'oublions jamais que le patriotisme est, toujours, civil et/ou militaire.
Furet, Historien de la Révolution française de 1789 avait indiqué déjà : ‘Un patriote est celui qui soutient la République’. Alors, Messieurs, revenez vers la République, ce bien commun que vous avez quitté, oui revenez vers la République qui nous réunit, mais pas par effraction. A l'époque de la Révolution, il fallait construire la République française, tout comme aujourd'hui, il s'agit de consolider, avec force, la République du Sénégal, née en 1960.
Ainsi, à ceux qui veulent ensevelir le suffrage des Sénégalais, nous rappelons la fameuse réplique de André Laignel, le 13 octobre 1981, à Jean Foyer : ‘Taisez-vous ! Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires…’. Cette réplique a été reprise par Lionel Jospin, alors Premier ministre, face à son opposition de l'époque. Et pourtant on ne peut soupçonner, un seul instant, Lionel Jospin de n'être pas un citoyen, un démocrate et un homme de gauche. Alors? Opposez-vous ! Contestez ! C'est la règle d'or de la démocratie. Et tant mieux, si votre action peut renforcer la démocratie au Sénégal, notre pays que nous avons en partage.
Mais gardez-vous de franchir le Rubicon. La démocratie se pratique, mais sa pratique suppose la maîtrise des pulsions du nihilisme, l'endiguement des passions nées des ambitions contrariées. Etre démocrate, c'est d'abord être responsable. Refuser de participer à une élection est une attitude qui engendre des conséquences politiques que l'on doit assumer avec la dignité qui sied. Et dès lors qu'on a perdu, volontairement, la légitimité conférée par le suffrage universel, on n'est plus en droit de s'abriter derrière qui que ce soit pour tenter de rebondir.
Du reste, nous avons appris, hier, que Nicolas Sarkozy, Chef de l'exécutif du pays qui nous a longtemps colonisés, est parti au Liban avec des membres de son gouvernement, mais aussi avec les ‘chefs de parti représentés à l'Assemblée nationale’, c'est-à-dire, ceux qui ont accepté d'affronter le suffrage de leurs concitoyens. C'est ainsi que se pratique la ‘démocratie partagée’, chez eux, comme chez nous. Nous disons cela à haute voix, pour l'histoire de notre pays, depuis les années 1950 où l'action militante a reçu ses lettres de noblesse.
Nous sommes d'autant plus à l'aise pour le dire que nous considérons le patriotisme comme une vertu cardinale non négociable, comme nous l'avons affirmé plus haut. Et nous proclamons encore cela sous le contrôle précisément des pères spirituels des Assises dites ‘Nationales’, car beaucoup parmi ceux-là ont cheminé avec nous pendant presque 50 ans, même si nous avons, toujours, été considéré comme ‘rugueux’, ce qui nous a valu toujours d'être combattu, dans ce qui était notre formation politique commune. Et, lorsque la goutte a fait déborder le vase, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2000, à un moment où rien n'était encore certain, nous sommes parti avec armes et bagages. Et notre chemin a croisé le chemin de Abdoulaye Wade. Nous avons donc contribué à élire et à réélire Abdoulaye Wade. Et nous en sommes fier ! Le peuple sénégalais, chaque fois, s'est prononcé d'une manière exemplaire.
L'abstention, tout comme le boycott est un choix politique, comme la participation ; on ne peut pas, dès lors, s'y réfugier et contester les résultats d'une élection. ‘Les idées de Abdoulaye Wade ? Sa pratique du pouvoir’, avez-vous dit ? Mais bien sur ! Lorsqu'un suffrage est remporté, on en déduit que le corps électoral a approuvé les ‘idées’ professées et a manifesté son approbation vis-à-vis du programme présenté. C'est ce qui s'est passé en 2000. C'est ce qui s'est passé en 2007. Sauf qu'en 2007, les Sénégalais vous ont dit, ‘Oui il est question qu'on continue avec Abdoulaye Wade!’. Mais dit l'adage : ‘il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre!!!’.

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