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29/04/2008

Legalize it

 

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Cet post est la version blog d’une lettre que j’ai envoyé il y a trois jours à mes camarades d’une organisation sénégalaise de défense des droits humains.

Chers amis

J' ai suivi avec intérêt le débat initié par notre grand frère Mamadou Ndiaye et je m' empresse d' y apporter ma contribution.Notre doyen nous invite à un débat sur le début de la vie. Je considère qu’un tel débat ne peut avoir lieu que dans un pays où l’avortement provoqué ou Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est autorisé. Ce n’est pas le cas du Sénégal, c’est pourquoi je voudrais centrer le débat sur le droit à l’avortement.

Partant de cette précision, je discuterai des principes sanitaires et politiques qui militent en faveur de ma prise de position. Je n' aborderai pas les aspects éthiques du débat (choix personnel) ni ses développements juridiques (par incompétence). En définitive ce qui m’importe est de savoir jusqu’à quand, pourquoi et comment faire un avortement ou Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) ?

L’avortement ou IVG- sauf circonstances particulières- est interdit au Sénégal. Ce n’est pas pour autant qu’il ne s’en fait pas. L’IVG est une des principales activités de nombre de cabinets médicaux et de cliniques. Les accidents et incidents liées à l’IVG – notamment quand elle se fait par un personnel incompétent- constituent une part non moins importante de l’activité des services de gynécologie des hôpitaux publics.

D’autre part on ne compte plus les l’infanticides qui occupent les pages faits divers des journaux et on sait que dans les affaires traitées par les cours d’assises ce thème revient souvent.

Au Sénégal il y a un problème de santé publique lié à la maîtrise de la fécondité. Il y a une inégalité sociale pour faire face à ce problème. La mortalité des enfants de moins de cinq ans est fortement corrélée à des déterminants socioéconomiques. Le risque de décès d’un enfant est d’autant plus élevé que sa mère n’a jamais été scolarisée,que la famille habite en milieu rural et plus encore si c’est dans les régions de Tambacounda, Kolda ou Kaolack. Le niveau d’instruction et de ressources financières est un déterminant important de la mortalité et de la morbidité infantile. La mortalité maternelle est de 690 pour 100000 naissances vivantes avec de fortes disparités régionales. Près de la moitié des femmes accouchent sans avoir été vues par des professionnels de la santé. Seule une dizaine de districts sanitaires réunissent les conditions pour offrir les services obstétricaux et néonataux d’urgence et ils se trouvent pour l’immense majorité en milieu urbain.Dans les régions comme celle de Kolda, Tambacounda et Kaolack plus de la moitié des accouchements sont faits par des accoucheuses traditionnelles ou matrones.

Dans les couches sociales aisées les personnes confrontées au problème de grossesse non désirée trouvent les ressources et les moyens d’y remédier. Elles ont accès à l’information qui leur permet, si c’est leur volonté, d’avoir recours à des services d’IVG sans risques. Tant bien même que cela ne soit pas légal. Le recours à l’IVG sans risque est fortement corrélé au pouvoir d’achat. Les femmes issues des milieux défavorisées payent un fort tribut à leur volonté de maîtriser leur maternité. C’est souvent de graves infections parce que l’IVG se fait dans des conditions d’hygiène déplorables et par un personnel non compétent. D’autre fois, c’est le drame, la femme meurt à la suite d’une IVG particulièrement mal faite. Ne croyez surtout pas que cela soit exceptionnel !!

Partant de ce constat que fait-on ? Mon avis est que l’on légalise l’IVG. Cette légalisation ne veut point dire que, pour autant, tous les problèmes liés à la maternité non désirée seront résolus. Mais on aura résolu- en partie tout au moins- un problème de taille celui de l’inégalité d’accès à des services d’IVG sans risque.

Jusqu’à quel moment de la grossesse faut il autoriser l’avortement ? Ce n’est pas une question simple mais sans entrer dans des considérations éthiques, je pense que dix semaines maximum me semble un délai raisonnable. Ce délai permettant à la femme, après s’être rendu compte de son état, de mener la réflexion et peut-être les concertations qui lui permettront de se décider en connaissance de cause.

Vous avez bien remarqué que j’ai pris soins d’éviter de répondre à la question de savoir quand commence la vie. La raison est bien simple : en tant que défenseur des droits humains je me méfie de la réponse que je peux y apporter. Nous sommes musulmans, chrétiens, animistes, bouddhistes, agnostiques, athées, et j’en passe, tous membres de cette organisation de défense des droits humains. Ce qui nous réunit c’est la volonté de promouvoir un certain nombre de valeur parmi lesquelles celles d’égalité et de justice ne sont pas des moindres.

Jouons notre rôle sans peur des réactions que peuvent susciter dans notre société nos prises de position.

Commentaires

pour quelles raisons l'IVG est elle proscrite au Sénégal?

Écrit par : Djé | 30/04/2008

Je dirai essentiellement pour des raisons politiques. A ma connaissance aucune organisation ne veut porter la revendication.

Écrit par : Djignab | 01/05/2008

Penses-tu que le fait que 90% de la population soit musulmane puisse y être pour quelque chose? Ne serait-ce qu'au niveau historique, l'Islam est omniprésent sur le territoire depuis plusieurs siècles... Peut-être doit-il être entré dans les modes de pensées, et dans les textes de lois, des principes et des valeurs issus de cette histoire étroitement liée à l'Islam... (?)

Écrit par : Kwaame | 03/05/2008

De plus, aller à l'encontre de ces valeurs c'est perdre l'électorat des religieux et notamment des tariqas (que ce soient celles de Touba ou de Tivaouane) et de leurs nombreux disciples, qui suivent les recommandations de leurs cheikhs, ce qui est une sacrée prise de risque... On peut comprendre la timidité des politiques.

Écrit par : Kwaame | 03/05/2008

Merci Kwaame
Que répondre ? Je pense que tu n'as pas tort. Je pense également que c'est parce qu'il n'y a que les femmes que cela affecte. Peut être que je dis finalement la même chose que toi!!

Écrit par : Djignab | 06/05/2008

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