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22/04/2008

L’échec permanent

« Le vantard chasse la perdrix avec un bouclier»


Le 1er avril 2000 avec un optimisme nul autre pareil dans l’histoire politique du Sénégal, nous applaudissions l'arrivée au pouvoir de Maître Abdoulaye Wade. L’opposant/ contributeur au régime du président Senghor venait de battre au second tour de l'élection présidentielle Abdou Diouf à qui il a livré pendant vingt ans un combat politique fait d'opposition radicale et d’appels à l'insurrection alternant avec des entrées dans son gouvernement. Dans un élan patriotique empreint de lyrisme nous nous sommes réjouis que la présidence clef de voûte de nos institutions échue à celui qui n'a pas cessé de nous dire avoir l'ambition , la compétence et les idées pour sortir notre pays de la crise. Nous réjouissant tant bien même que nous sachions que le Président Wade n'avait pas structuré son parti politique comme une force de proposition d’idées et de compétences. Le Président lui-même, en trente ans de vie politique et la participation à cinq scrutins n'avait pas pris le temps de rédiger un programme de gouvernement ni un projet de société. Notre volonté d’alternance était si forte que nous nous sommes contentés de la profession de foi libérale mâtinée de travaillisme de Maître Wade. Ceux d'entre nous qui avaient espéré que le discours d'investiture du président nouvellement élu serait l'occasion d'esquisser ses ambitions pour le Sénégal, en ont été pour leurs frais. Des propos de ce jour l'histoire ne retiendra que l'antienne « Sopi » et deux révélations de taille : "il faut travailler, toujours travailler, encore travailler « et « l’ère des coups d'État en Afrique est terminé". C'est au cours des jours suivants que nous allons découvrir qu’en lieu et place de politiques déclinés en programmes cohérents il y a le style de gouvernement du président à savoir : à chaque jour suffit son lot de nouvelles promesses, d’idées abandonnées après avoir été adoptées la veille, d’effets d'annonces, de plans mort-nés mais pompeusement baptisés (Goana, Jaxaay, Oméga, Sésame...). C'est ce style de gouvernement que les affidés du président appellent fort opportunément «vision » car nul n’en connaît la logique.

De la crise casamançaise qui perdurait depuis vingt ans à sa prise de fonction, le président nous promit qu'elle trouverait solution définitive en cent jours .Pour se faire, il demanda à tous ceux qui "s’activaient"pour aider à une solution de se tenir cois. Son plan n'avait pas besoin d’ "intermédiaires" et devait à échéance faire renoncer au MFDC sa revendication d’indépendance, mettre fin à la belligérance, désarmer les rebelles et assurer la libre circulation des personnes et des biens dans toute la Casamance.
Le président de la République nous a assuré que la demande sociale, qui avait valu aux socialistes leur défaite électorale, connaîtra avec son régime une réponse à la mesure des attentes du peuple. Les sceptiques qui ne croient qu’aux plans et aux programmes étaient renvoyés à la thèse d'économie d’Abdoulaye Wade publiée en ….1959.
Nos infrastructures portuaires et aéroportuaire déclarées obsolètes par le président devaient être modernisées .A Dakar, Saint-Louis, Ziguinchor devaient voir le jour des ports capables d'accueillir des navires de la 4e génération. À la place de l'aéroport de Dakar devait être aménagé la version sénégalaise de l'avenue des Champs-Élysées. Un nouvel aéroport financé par BOT (Built-Operate-Transfer) devait être construit à Ndiass.En 2001 notre arsenal juridique n’offrais aucune garantie aux investisseurs qui s’engageaient dans une telle voie pourtant selon notre Président le financement était acquis et les travaux devaient débutés incessamment.

Au plan politique et institutionnel le Président nous promettait de renforcer la démocratie.Son mandat placé sous le sceau du respect des libertés individuelles .Les média publics confisqués naguère par le pouvoir socialiste allaient être rendus aux professionnels,charge à eux d’en faire des espaces d’expressions libres et plurielles.

Depuis huit ans maître Abdoulaye Wade préside aux destinées de notre pays, c’est donc le moment, alors que se profilent les échéances électorales de 2008, de tirer un bilan de son action.
La crise casamançaise perdure avec son lot de pantalonnades et de drames dont le dernier en date est la campagne militaire qui a lieu en Guinée Bissau contre le chef de guerre Salif Sadio. En 2006, le gouvernement sénégalais a laissé se dérouler à sa frontière une guerre des factions du MFDC impliquant l’armée Bissau guinéenne au prétexte que de la sorte les éléments gênant le processus de paix en Casamance seront anéantis. Deux ans plus tard rien n’a changé dans le sens de l’instauration de la paix.
Au plan institutionnel et politique la démocratie sénégalaise est en recul.Les libertés publiques sont confisquées, la convocation à la Division des Investigations Criminelles ( DIC) est devenu un rituel pour les hommes politiques et les journalistes.Sous le régime du Président Wade l’expression des opinions hétérodoxes relève du crime et est prétexte à mettre en branle l’arsenal répressif. De mémoire de sénégalais un tel climat liberticide ne trouve équivalent que durant l’épisode vichyste de la colonisation.La télévision publique est au service exclusif du Président et du camp présidentiel et n’est pas sans rappeler la Voix du Zaïre au temps du Mobutisme triomphant.Nos institutions sont affaiblit par l’omnipotence présidentiel. L’institution judiciaire est devenue une annexe présidentielle, l’assemblée Nationale une chambre d’enregistrement et d’applaudissements de la volonté du chef et la décentralisation n’a pas connu de progrès depuis l’avènement de l’alternance.C’est le règne du Bourba Wade.
Au plan économique et social les espoirs nés de l’alternance du 19 mars 2000 ont été déçus.Dans le domaine agricole la productivité des principales cultures de rente a fortement baissé du fait des politiques hasardeuses.Dans nos campagnes le niveau de vie ne cesse de se dégrader et l’économie de l’arachide qui permettait la circulation monétaire a été démantelée.La production d’électricité connaît de nombreux délestages qui perturbent l’activité économique. Le chômage à grande échelle, l’analphabétisme des adultes, la santé précaire des population sont autant de maux qui sous le régime de l’alternance ce sont accentués. A l’agonie des Industries Chimiques du Sénégal (ICS) fleuron de notre tissu industriel, le pouvoir de l’alternance n’oppose que des galéjades ou la mise en accusation des ….... socialistes (qui ont quitté le pouvoir il y a huit ans alors que l’entreprise était bénéficiaire).
Nos infrastructures décrites comme obsolètes en 2000 sont toujours là et en lieu et place de l’aéroport de Ndiass nous avons un pan de mur long de quelques centaines de mètres. En attendant que l’on construise le deuxième pan de mur voilà que le Président ordonne le plus sérieusement du monde en conseil des ministres la construction de nouveaux aéroports régionaux.
Nous avons élu il y a huit ans le Président Wade que nous croyions porteur d’un projet susceptible de faire entrer notre pays dans un cycle de progrès. A la pratique il s’avère qu’il n’est pas l’homme qu’il faut, car ébloui qu’il est par les artifices de la modernité il n’en perçoit pas les enjeux. Il s’y ajoute que sa gouvernance faite d’hyperactivité, d’agitation et d’incompétence bavarde n’est pas ce dont notre pays à besoin.
Faisons lui mordre la poussière aux prochaines élections locales !!!!

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