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26.07.2010

Seule la relaxe est acceptable

 

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Je prends acte et ne saurais dénier au procureur Raymond Tchimou ce qu’il revendique dans son interview au quotidien Notre Voie du 19 juillet 2010 : « Il m'appartient en tant que tel, représentant du Parquet de qualifier les faits qui sont portés à ma connaissance ». Je le fais d’autant plus volontiers que je n’ai aucune compétence juridique et que d’ailleurs ce que je lui reproche — si tant est-il possible de le faire — est de l’ordre du politique c'est-à-dire de l’art de vivre ensemble dans un État qui sort d’une crise politique et militaire. Une crise politique et militaire aigüe qui nous vaut que le Président de la République s’en réfère directement au procureur du tribunal d’instance qu’est Raymond Tchimou pour lancer des enquêtes. Dans la République de Cote d’ivoire pacifiée les intermédiaires entre les deux personnalités seront fort nombreux.

Ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Théophile Kouamouo et des journalistes du Nouveau Courrier et que pour ma part je considère comme étant celle de Raymond Tchimou nous interpelle, car elle va à l’encontre de tous le progrès réalisés dans les conquêtes démocratiques depuis la révolution nationale démocratique enclenchée en novembre 2004 par la mise en échec de la tentative de restauration de l’ordre néocolonial houphouétiste par les forces françaises. Novembre 2004 a appris deux choses aux ivoiriens : il ne tient qu’à eux de déterminer qui doit les diriger, mais aussi l’existence d’une opinion publique exigeante et soucieuse de transparence dans la conduite des affaires publiques. Une presse libre et de qualité est nécessaire à cet exercice démocratique. Le rôle de la presse dans un tel système est d’apporté au citoyen les clefs lui permettant de se faire une opinion. Il est donc du devoir des journalistes de rechercher l’information et non se satisfaire de ce que l‘on veut bien leur communiquer, de relever les non-dits, de se méfier des apparences… C’est donc dire que la conception que se fait le procureur Tchimou du métier de journaliste est en porte à faux avec l’évolution de la société ivoirienne. Cette évolution que le président Gbagbo a bien comprise en faisant voter la loi dépénalisant les délits de presse.

Dans l’affaire dite Théophile Kouamouo et du Nouveau Courrier, le ministère public garant des intérêts de la société et gardien des libertés individuelles est sorti de son rôle et tente d’instaurer une jurisprudence dont la finalité est d’empêcher l’exercice d’un journalisme libre et de qualité. Les ivoiriens n’ont pas fait Novembre 2004 pour cela.

Dans cette affaire, le seul verdict acceptable pour les démocrates sera la relaxe pure et simple de Théophile Kouamouo, Saint-Claver Oula et Stéphane Guédé. 

 

27.02.2010

Les enfants gâtés d'Houphouët

 


Quel paradoxe !! Le club du troisième âge qu'est le RHDP me rappelle la Coordination des étudiants de Dakar (CED) de la fin des années quatre-vingt et des années quatre-vingt-dix. Jusqu'en 1988 le mouvement étudiant dakarois était dominé par les organisations de jeunes des partis politiques notamment ceux de gauche. Par un jeu subtil de négociations et d'alliances, ces forces politiques élisaient les représentants des étudiants au sein des instances délibératives de l'Université Cheikh Anta Diop. À partir de 1987, du fait des changements démographiques (augmentation vertigineuse du nombre d'étudiants), de la fin des utopies est apparue une représentation estudiantine peu formée politiquement, populiste à souhait et brutale.   Ce qui a caractérisé l'université de Dakar pendant la période qui a suivi l'avènement de ce leadeurship est la multiplication des grèves dans un contexte de recul des acquis sociaux et pédagogiques. Entre 1988 et 1994, le rituel de déclenchement des  conflits a toujours été le même. Pour des raisons qui n'ont rien à avoir l'université, une grève est déclenchée. Plusieurs jours après le début de la grève est élaboré un cahier de doléances avec des revendications maximalistes. Après plusieurs semaines de grève et devant l'essoufflement du mouvement, la plateforme revendicative est jetée aux orties et les négociations avec les autorités ne portent plus que sur les conditions les moins humiliantes pour la reprise des cours.

Hier, le RHDP par la voix du président de son directoire, le Professeur Alphonse Djédjé Mady, a annoncé sa prochaine entrée au gouvernement et appelé ses partisans à « suspendre » les manifestations lancées après la dissolution du gouvernement et de la commission électorale par le président Laurent Gbagbo. Il ya deux semaines exactement, le même Djédjé Mady en appelait à la « démission du chef de l'État à compter du vendredi 12 février, le Rhpd ne reconnait plus Laurent Gbagbo comme président de la République de Côte d'Ivoire ». Dans quelques jours les camarades à Djédjé Mady qui auront la chance d'être acceptés dans le gouvernement par Laurent Gbagbo lui feront mille courbettes et lui donneront de « Son excellence le Président de la République, Monsieur Laurent Gbagbo ». Plus personne au sein du RHDP ne parle de Beugré Mambé et la « libération de la Cote' ivoire » de la « dictature de Gbagbo » n'est plus à l'ordre du jour.

Le RHDP a tenté de mettre le feu à la Cote d'ivoire rien que pour maintenir des positions que fondamentalement Laurent Gbagbo n'a pas cherché pas à lui enlever. Le président faisant le constat du blocage du processus de préparation des élections avait décidé : « Premièrement, la Commission électorale indépendante (CEI) est dissoute. Je demande au premier ministre de me proposer dans un délai de sept jours, à compter d'aujourd'hui, le format d'une nouvelle Commission électorale crédible, qui pourra organiser des élections justes et transparentes. Deuxièmement, le gouvernement est dissout. Je reconduis le premier ministre Soro Guillaume, dans ses fonctions. Il est chargé de me proposer dès le lundi 15 février 2010 un nouveau gouvernement. Je veux, pour la Côte d'Ivoire, un gouvernement de sortie de crise. Un gouvernement au service des Ivoiriens et non aux ordres des partis politiques. ». Pour qui a tant soit peu du sens politique, il ne faisait aucun doute que la porte des négociations n'était pas fermée. Nos amis du RHDP au lieu de s'y engouffrer ont préféré s'essayer à l'insurrection. Je crains qu'ils y ont gagné plus la réputation de voyous que de révolutionnaires.

Le manque de sens politique des opposants du RHDP, vu le pédigrée de ses deux principaux animateurs, a été un mystère pour moi jusqu'à ce que je me rende compte d'une chose : Bédié comme Ouattara n'ont de légitimité que celle conférée par Houphouët. Ils n'ont rien bâti par eux-mêmes. La période que vit la Cote d'ivoire n'est pas celle des héritiers.

 

 

 

 

 

24.02.2010

Le triomphe de la goujaterie

 

 

L'arrière-cuisine du processus de libération pacifique d'otages de groupes terroristes n'est jamais reluisante. Elle commande des entorses à la morale, aux lois et règlements qui régissent l'État de droit. Et c'est encore le cas dans la libération hier de Pierre Camatte par Al-Qaїda au Maghreb islamique (Aqmi). Cette libération fait suite à la mise en liberté, dans la nuit du dimanche au lundi, par le gouvernement malien des quatre terroristes réclamés par l'Aqmi. Pour rappel, le français Pierre Camatte,  a été enlevé il y a trois mois dans le nord du Mali. Le groupuscule terroriste menaçait de le tuer à plus ou moins brève échéance si les autorités de ce pays ne satisfaisaient pas leur exigence. La vie étant sacrée, le geste des autorités maliennes est compréhensible, tant bien il heurte légitimement les autorités algériennes et mauritaniennes en butte aux actions meurtrières de l'Aqmi et qui demandaient l'extradition des personnes libérées.

Ce qui est par contre incompréhensible, c'est l'attitude de la diplomatie française au cours de cette crise. Le 13 février, lorsqu'il vient à Bamako pour la deuxième fois au cours de ce mois, Bernard Kouchner dit à la presse que son but est de faire pression sur les autorités pour qu'elles libèrent les quatre terroristes de l'Aqmi. Besoin sans doute de montrer qu'il existe face à son rival Claude Guéant, que la  France est une grande puissance prête à défendre ses ressortissants sur les lointaines terres exotiques. Le problème est que cette démarche tonitruante ne s'embarrasse pas du masque de la vertu. Les circonstances commandaient, en l'occurrence, discrétion, rappels publics des principes d'indépendance de la justice d'un pays tiers et aussi  les résolutions de l'ONU contre le terrorisme. Après les propos de Kouchner et le dénouement de cette affaire, l'impression laissée est celle d'État malien faible qui peut céder  à toutes les exigences du premier groupe terroriste venu.

Je crois que c'est  Alcide Djédjé qui exprimait, il y a quelques semaines, sa « fatigue » face à la diplomatie  « bruyante et discourtoise » de Monsieur Kouchner, il doit désespérer et avec lui de nombreux africains, devant cette nouvelle escalade.